samedi 4 mai 2013

Camps de concentration (suite)





ADMINISTRATION – REGLEMENT – DISCIPLINE

Le chef de camp. La terreur du camp était un brutal « Obersturmführer S.S.

Le personnel de surveillance était fourni par les S.S. de la division « Tête de Mort ». Les cadres étaient allemands, tandis qu’une grande partie des hommes de troupe étaient des Polonais, Roumains, Hongrois et Croates. De plus il y avait des volontaires.

L’administration interne du camp est opérée par des prisonniers spécialement choisis. Les quartiers sont occupés, non pas selon la nationalité, mais plutôt selon la catégorie de travail. Chaque quartier est administré par une équipe de cinq, comprenant un doyen de quartier, un secrétaire de quartier, un infirmier et deux aides.

Le doyen de quartier porte un brassard qui indique le numéro de son quartier et il est responsable de l’ordre dans celui-ci. Il a pouvoir de vie et de mort. Avant février 1944, près de 50% des doyens de quartier étaient des Juifs, mais un ordre de Berlin fit cesser cet état de choses. Tous durent résigner leurs fonctions à l’exception de trois Juifs, capables, en dépit de cet ordre, de garder leur poste.

Le secrétaire de quartier est la main droite du doyen de quartier. Il fait tout le travail du bureau et s’occupe des fiches et des registres. Son travail comporte une grosse responsabilité et il doit garder ses livres avec une exactitude scrupuleuse.

Chefs de blocks et kapos. Nous sommes encadrés par des condamnés de droit commun allemands qui sont dans les camps ou prisons pour leurs crimes ou vols depuis 8, 10, 12 ans ….. et qui font régner sur nous un régime de terreur, encouragés par les nazis.

Les chefs de blocks se sont montrés des auxiliaires précieux pour les boches en aidant ceux-ci dans leur travail d’extermination. Eux aussi avaient le droit de vie et de mort sur leurs camarades de block.

De plus on y entretenait 200 chiens loups allemands qui constituaient un élément d’importance dans la garde du camp, et puis une police auxiliaire dit la Kampfpolizei, recrutée par les criminels de droit commun.

Les détenus étaient divisés en kommandos de travail. A la tête de chaque kommando ill y avait un kapo, détenu allemand. L’insigne de ses fonctions étaient le bâton.

Les criminels professionnels étaient tous kapos.

Ces postes étaient obtenus par un certain nombre de relations d’où découlaient des prérogatives. « Ces stubendienst » nous ont fait autant souffrir que les S.S. Il y en avait de toutes les nationalités : des Russes, des Ukrainiens, des Polonais. Alors que les soldats de l’armée rouge qui se trouvaient dans le camp avaient une mentalité remarquable, tous les stubendienst étrangers étaient choisis parmi la racaille et les voleurs.

Les 2/3 des chefs de blocks, des kapos, des vorarbeiters (contremaîtres), étaient des assassins, des escrocs, des faussaires allemands, qui avaient pratiquement sur nous droit de vie ou de mort, et ne se privaient pas de l’exercer, assurés de l’impunité.

Aucune possibilité de révolte contre le kapo car à la moindre tentative c’était l’exécution qui était non seulement tolérée mais approuvée par les S.S. C’est ainsi qu’un jeune Russe, qui s’était révolté, a été battu à coups de cravache jusqu’à la mort. Interrogé sur ce fait par les S.S., le kapo a été vivement félicité pour son action énergique du maintien de la discipline.

Les femmes vivaient dans les mêmes conditions que les hommes, à cette différence près qu’elles étaient gardées par des femmes S.S.

Nous étions dirigées par une commandante et un commandant assistés de nombreux soldats que nous appelions des offizierinnen. Nous n’étions guère en contact avec le commandant.

Les offizierinnen : la plupart étaient elles-mêmes condamnées au bagne. Celle qui commandait dans notre block était condamnée aux travaux forcés à perpétuité. Elle avait tué son père et sa mère.

En Allemagne, les jeunes filles de 18 ans étaient mobilisées et suivaient des cours pour savoir bien gifler et faire le travail des camps de concentration. Après, elles étaient envoyées dans les différents camps.

Chez nous, de nombreuses jeunes surveillantes étaient en camp-école. Elles apprenaient les traitements à faire subir aux prisonnières. Ces élèves surveillantes étaient généralement allemandes ; il y avait aussi de nombreuses femmes de pays annexés : Roumanie, Hollande, Grèce, Tchécoslovaquie. Ces femmes étaient requises.

A un moment donné, les autorités allemandes manquaient de femmes S.S. On les recrutait alors d’office dans les usines sans même qu’elles aient le temps de prévenir leur famille. Elles étaient ramenées au camp où elles étaient enfermées par groupe de 50. Un jour, elles étaient mise à l’essai, on faisait venir devant elles une internée au hasard et l’on demandait à ces 50 nouvelles S.S. de la frapper. Je me souviens que sur plusieurs contingents de femmes S.S., 3 seulement ont demandé pourquoi, et l’une seulement s’est refusé à le faire, ce qui lui a valu d’ailleurs d’être elle-même emprisonnée. Toutes les autres se sont vite faites à ce métier, comme si elles l’avaient toujours exercé.

Chaque block de 3 à 400 déportées était commandé par une blockowa ou stupowa.

Elles aussi avaient droit de vie ou de mort sur leurs camarades de block. J’ai vu et entendu moi-même une blockowa dire à une pauvre fille qui avait réussi à se procurer une belle paire de bottes : « Donne-moi tes bottes ou sinon je te fais envoyer au crématoire à la prochaine sélection » ; ce qu’elle n’aurait pas hésité à faire en cas de refus.

Telle était, en général, la mentalité de ces chefs de blocks ou des blockowa. Ils ou elles ne manquaient de rien : bijoux,, fourrures, vêtements, argent, nourriture. Comme beaucoup d’internés recherchaient leur protection, ils se débrouillaient ou, plutôt, pour employer l’expression allemande, ils « s’organisaient » pour se procurer ce qui était envié ou demandé par leurs chefs de bloks ou blockowa.

Cet abaissement de l’homme, cette promiscuité qui le dégrade, quand elle ne tue pas, cette mêlée où le criminel et le patriote sont volontairement confondus, ont été sciemment voulus et organisés par les nazis.

Hitler, dans Mein Kampf, avait exposé sa trouvaille de troubler les rapports des victimes entre elles, de créer la haine et le dégoût, de favoriser la délation, bref, de rabaisser l’homme. Ceux qui transmettaient ces consignes raffinèrent encore sur l’invention, ils confièrent l’autorité à des prisonniers de droit commun, forçats devenus geôliers.

*
                                                                        *    *
Aucun règlement n’était affiché ou fait savoir aux prisonniers par un autre moyen.

Aucun règlement n’existait. Rien n’était défendu, sans doute parce que tout l’était. Un geste permis un jour, valait le lendemain d’être soumis des heures durant aux brutalités des S.S.

C’est la loi de la jungle, la justice est sommaire.

En mai 1941, l’assassinat du Juif H…  par un S.S. Oberscharfürer, amena l’exécution de tous les témoins du crime, au nombre de 30, parce que le frère de H… présent à l’assassinat, s’était plaint de l’arbitraire de cet acte, en indiquant les normes de ceux qui y avaient assisté.

Etant donné que les fiches indiquent seulement le nombre et non pas le nom des prisonniers, les erreurs sont fatales. Par exemple, si le secrétaire indique par erreur un décès, ce qui est souvent le cas, étant donné la mortalité exceptionnellement élevée, la faute est tout simplement réparée par l’exécution du porteur du numéro correspondant. Les corrections ne sont pas admises. Le secrétaire du quartier occupe un poste de choix qui permet de nombreux abus.

Les règlements de compte se faisaient sans l’intervention des S.S.

Un détenu vert pouvait tuer un rouge. Un homme est trouvé mort, un jour, noyé dans un bassin, assommé sur le pavé, broyé contre une machine, on l’enlève pour le crématoire : nulle enquête, nul commentaire. La vie continue.

Inutile de se  plaindre, jamais les S.S. n’intervenaient.

La seule explication que les S.S. donnaient aux détenus étaient celle qu’aucun captif ne devait jamais sortir vivant de ces lieux.
                                                                                                                           
Les S.S. qui régnaient sur le camp étaient soutenus avant tout par leur assurance que tous les prisonniers arrivés dans ce camp, qu’ils soient prisonniers de guerre ou détenus russes, ukrainiens, polonais, biélorrussiens, juifs, français ou grecs, etc. seraient tôt ou tard, exterminés et ne pourraient raconter ce qui s’y passait. C’est surtout cette assurance qui réglait la conduite des gardiens et les méthodes d’extermination employées au camp. Les morts sont muets et ne peuvent rien raconter. Ils ne peuvent faire connaître les détails, ni confirmer ces détails par des documents. Par conséquent, personne ne détiendrait jamais des preuves, et là était l’essentiel, selon les Allemands.

A suivre : Distinction entre prisonniers
Enregistrer un commentaire