jeudi 2 mai 2013

Camps de concentration suite





HYGIENE

Pas de douches, très peu d’eau.

Comme nous nous couchions habillés nous devions, rapides comme l’éclair, nous déshabiller pour nous laver car la porte s’ouvrait déjà et malheur à celui qui ne se présentait pas immédiatement complètement nu devant le robinet. Malheur également à celui qui, dans cette demi-minute, n’était pas retourné à sa cellule. Quand un interné n’avait reçu que trois coups de cravache dans ce laps de temps, il pouvait s’estimer heureux. Etant donné ce procédé, il était tout juste possible de se laver le visage.

L’eau était polluée, il n’y avait d’ailleurs qu’un seul robinet d’eau pour un total de 10 000 femmes. Pour réussir à avoir de l’eau, il fallait aller faire la queue dans la neige ou dans les flaques d’eau.

1 400 personnes devaient faire leur toilette dans une pièce pouvant contenir 60 personnes maximum et la toilette devait être faite dans le délai d’une heure, ce qui pratiquement était impossible ; la plupart des détenus ne faisaient donc pas leur toilette. Un surveillant placé à l’entrée de la porte activait les ablutions à coups de matraque.

A la baignade, auprès du bassin, se tenaient deux Allemands repris de justice, condamnés pour de multiples vols et assassinats qui tapaient sur tous ceux d’entre nous qui, à leur tour de rôle, devaient sauter dans le bassin. Certains de mes camarades passaient avec une telle précipitation qu’ils arrivaient à ne recevoir que quelques coups de bâton. Mais d’autres n’avaient pas encore eu le temps de s’approcher du bord que déjà leur cervelle giclait de la tête.

Nous étions en plein mois d’août et nous n’avions pas d’eau à boire. Nous recevions un peu d’eau pour faire la vaisselle mais nous la gardions pour la boire et, lorsque les femmes avaient absolument besoin de faire une toilette indispensable, on leur donnait un quart d’eau dont nous nous privions.

Pour l’hygiène de la femme, pas d’eau chaude, bien entendu, ni savon, ni serviette, que des chiffons, le plus souvent sales.

Un jour, les femmes allemandes qui nous gardaient ont découvert qu’il nous restait de l’eau dans l’après-midi et que nous avions conservé un peu de soupe pour les plus jeunes afin de leur donner le soir. Elles ont tout repris.

Les femmes s’aidaient pour transporter l’eau qui était au bout du camp. Le soir, en plein froid, elles transportaient l’eau dans des boîtes afin de se laver, mortes de fatigue par le travail, mal couchées dans ces salles sans lumière, sans feu, sur la paille comme des chiens.

La plupart des détenus allaient chercher de l’eau croupie aux cabinets, ils attrapaient la dysenterie qui tuait plus de monde que le typhus.

Les cabinets d’aisance étaient constitués par 12 caisses en bois placées à l’entrée des galeries, dont la capacité était absolument insuffisante aux besoins de 700 hommes ; les suintements et le trop plein de ces tinettes improvisées coulaient le long des galeries et jusque sur les planches où reposaient les prisonniers.

A Birkenau, les W.C. étaient composés de planches au-dessus d’une fosse.

Dans chaque feld il y avait deux W.C. en plein air.

De tristes choses se sont passés dans les W.C. : on y a vu des femmes avorter, envelopper les bébés dans des papiers et les jeter dans ces tranchées.

Aussitôt le déjeuner terminé, tout le personnel du block est rassemblé et conduit en colonnes au W.C. . Cette autorisation leur est donnée une fois par jour. Celles qui sont surprises à uriner autour du block sont punies de 10 à 25 coups de gourdins suivant leur constitution. Souvent nous avons vu de ces malheureuses frappées par la femme S.S., pour ce motif, si violemment que quelques heures après, la mort s’ensuivait.

Lorsque la nuit la dysenterie vous obligeait à sortir, c’était une expédition impossible que d’aller jusqu’au W.C. Le camp se trouvait naturellement couvert d’excréments et si on était surprise par une gardienne ou une monitrice alors qu’on n’avait pu atteindre les W.C., c’était des bastonnades sans nom.

Ces blocks étaient remplis de puces.

L’entassement nous obligeait à être 4 et 5 par paillasse et il était impossible dans ces conditions de se débarrasser de la vermine. Il y avait aussi l’impossibilité de faire sa toilette dans une pièce de quatre mètres sur trois mètres avec 12 robinets pour 500 hommes, une demi-heure nous étant impartie pour cette opération.

Pendant quatre mois je n’ai pas changé de linge,, celui-ci finissait par tomber en loque. Comme on tuait en moyenne 100 à 200 poux par jour, le linge passait par toutes les couleurs, rouge, brun, noir. Le liquide s’écrasait sur le linge lorsqu’on tuait les poux l’empesait et j’ai vu un détenu n’ayant pas eu le courage ni la possibilité de laver sa chemise pendant quelques semaines, la faire tenir debout lorsqu’il l’ôtait.

Ce manque total d’hygiène vous fait donc la proie de toute sorte de vermine. Vos nuits, déjà assez courtes, sont troublées par les piqûres des puces et des punaises ; les poux de tête sont les compagnons de tous les jours. Ils sont en si grande quantité que vous n’avez aucun moyen de vous en débarrasser.

Si une femme savait s’entretenir au point de vue poux, elle était obligée d’en reprendre par ses couvertures. C’est ainsi qu’un soir j’ai reçu à la nuit une couverture et au bout d’une heure j’étais couverte de plus de 1 000 poux.

Un jour on décida de nous désinfecter des poux. Toutes les femmes et tous les enfants furent mis nus, on imprégna sur toutes les parties velues du corps une pommade, après quoi tout le monde fut entassé dans un block à même le plancher. Pendant la nuit, les chiens furent lâchés et de nombreux enfants et femmes furent mordus. Ceux qui voulaient se mettre à l’abri de ces morsures devaient grimper sur les placards. Après deux jours et une nuit passés dans ces conditions, nous fûmes réintégrées dans nos blocks à la suite de l’appel qui nous obligea à rester toutes nues sous la neige pendant deux heures. Enfin rentrées, nous trouvâmes les housses de paillasses enlevées ainsi que les couvertures et avons couché sur de la paille pourrie (des copeaux) et les poux n’avaient jamais été en quantité si abondante.

Pour trouver quelques heures de sommeil il était indispensable de se déshabiller chaque soir entièrement malgré l’humidité et de s’épouiller aussi soigneusement que possible. Ceux dont les forces défaillantes ou la lassitude morale ne leur permettait plus ce nouvel effort, étaient bientôt couverts de plaies purulentes. Certains de mes compagnons ne s’étaient plus déshabillés depuis des mois.

Vous êtes donc atteinte de quelque temps de toutes sortes de maux : grosses plaies, gale, avec douleurs intolérables, etc.

Nombreuses étaient celles qui avait la gale, des plaques noires sur la peau, toujours sale. D’autres avaient de gros boutons.

Beaucoup souffraient de plaies aux pieds car elles avaient beaucoup marché et elles travaillaient toujours ; elles étaient pleines de vermine, mal coiffées, se grattaient sans cesse ; les Allemands ne les touchaient pas, ne les approchaient pas et se tenaient à cinq mètres au moins pour leur parler.

Les poux, les punaises et les puces étaient très nombreux, ils propageaient la fièvre typhoïde.

A suivre : Administration-Règlemment-Discipline
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