mardi 14 mai 2013

Camps de concentration - Scènes de tous les jours suite-



Un des S.S., un garçon de 19 ans qui faisait partie des gardes-chiourmes, surveillait les détenus occupés à la construction du four crématoire perfectionné ; il s’approcha d’un des plus solides et des plus beaux travailleurs, lui ordonna de courber la tête et lui asséna de toutes ses forces un coup de matraque sur la nuque. Lorsque celui-ci s’écroula, le S.S. ordonna à deux détenus de le saisir par les jambes de le traîner face contre terre pour lui faire reprendre connaissance. Après qu’ils l’eurent traîné cent mètres sur le sol gelé, il n’avait pas repris ses sens et gisait immobile. Alors le S.S. s’empara d’un tuyau de ciment destiné à la canalisation, le souleva et le laissa retomber sur le dos de la victime couchée à terre.  Il recommença à cinq reprises. Au cinquième coup, le S.S. ordonna de le retourner face au ciel et lui souleva les paupières avec une baguette. S’étant assuré qu’il était mort, le S.S. cracha, alluma une cigarette et s’éloigna comme si de rien n’était.

Fréquemment, les S.S. envahissent nos baraques au milieu de la nuit, et nous font sortir tout nus, quel que soit le temps, ramper, courir, etc. ; ceux qui ne s’exécutaient pas assez rapidement ou donnaient des signes de défaillance étaient cravachés jusqu’à la mort.

A peine au seuil des baraques, ils tapent sur les têtes de tous ceux qui passent devant eux en courant et en se bousculant. Pour activer la rentrée, ils lâchaient les chiens qui se précipitaient sur nous et nous mordaient. On nous faisait entrer, puis sortir plusieurs fois de suite pour dresser les chiens.

On emmenait un interné devant une essoreuse luisante de blancheur et on l’obligeait à glisser le bout des doigts entre les deux gros rouleaux de caoutchouc destinés à tordre le linge. Puis l’un des S.S. ou un détenu sur leur ordre, tournait la manivelle de l’essoreuse. Le bras de la victime était happé jusqu’au coude ou l’épaule par la machine. Les cris du supplicié était le principal divertissement des S.S. L’homme, qui avait le bras écrasé, entrant de ce fait dans la catégorie de ceux qui ne pouvaient travailler, était condamné à mort.

Un de leurs « amusements spirituels » était le suivant : un S.S. prenait à partie quelque détenu, lui signifiait qu’il avait enfreint quelque règlement du camp et méritait d’être fusillé. Le détenu était poussé au mur et le S.S. luis posait son parabellum au front. Attendant le coup de feu, la victime, 99 fois sur 100, fermait les yeux. Alors le S.S. tirait en l’air, tandis qu’un autre, s’approchant à pas de loup, lui assénait un grand coup d’une grosse planche sur le crâne. Le prisonnier s’écroulait sans connaissance. Quand, au bout de quelques minutes, il revenait à lui et ouvrait les yeux, les S.S. qui se tenaient là lui disaient en s’esclaffant : « Tu vois, t’es dans l’autre monde. Tu vois, dans l’autre monde il y a aussi des Allemands, pas moyen de les éviter ». Comme le prisonnier était ordinairement ensanglanté, qu’il n’avait pas la force de se relever, il était considéré comme condamné à mort et, après s’être bien amusés, les S.S. le fusillaient.

Autre « amusement » : un détenu était déshabillé et jeté dans le bassin. Il tentait de remonter à la surface et de sortir de l’eau.

Les S.S. qui se pressaient autour du bassin, le repoussaient à coups de bottes. S’il parvenait à éviter les coups, il obtenait le droit de sortir de l’eau, mais à une seule condition : il devait s’habiller complètement en trois secondes. Les S.S. surveillaient montre en main. Personne, naturellement ne pouvait s’habiller en trois secondes. Alors, la victime était de nouveau jetée à l’eau et martyrisée jusqu’à ce qu’elle se noie.

Le 2 décembre 1941, le matin à 9 heures, les détenus sont rassemblés. On porte à leur connaissance qu’un paquet de tabac a été volé à l’un des gardiens et que le délinquant devait se rendre sur-le-champ. Tous les détenus déclarent ne pas être en possession de tabac et c’est alors que les brutes S.S. commencent leur jeu macabre. Ordre est donné à tous de se déshabiller. Il fait une température de 8° sous zéro. Personne ne fait d’objection, sachant que ce serait un suicide, et c’est alors qu’on put voir près de 500 êtres humains, tous nus, attendre la suite des évènements. A midi, les premiers tombaient, les uns morts de congestion, les autres perdants connaissances. Ces derniers étaient ranimés à coups de cravache, mais aucun de ceux-là ne se relevait et ils mouraient tous, les reins brisés. Beaucoup  d’autres détenus furent atteints de congestion pulmonaire et eurent de fortes fièvres. Lorsque les brutes s’en aperçurent, ils dirent : « Ah ! Vous avez des chaleurs, eh bien ! On va vous rafraîchir ». ! C’est ainsi qu’ils furent jeté dans les baignoires d’eau glacée et quand ils avaient perdu connaissance, ils se noyaient ou étaient jetés à temps hors de la baignoire dans une salle cimentée où ces loques humaines se traînaient à terre, cherchaient un peu de chaleur sur le corps d’un camarade qui allait expirer dans quelques instants. Un de ces malheureux chauffait ses doigts dans le nez d’un de ses camarades. Les geôliers prenaient les mesures d’êtres vivants pour leur cercueil et leur apposaient le cachet sur la cuisse, conformant qu’ils étaient morts, numérotés tant et tant. Dans cette même nuit, il y eut 32 morts.

Si l’envie leur en prend, les nazis, du haut des créneaux balaieront l’allée centrale du camp, tueront sans avertissement dans les baraques s’ils entendent trop de bruit, ou bien une trentaine de brutes vont  y entrer brusquement, la matraque et le revolver au poing, frappant de droite et de gauche. Les hommes sautent par les fenêtres et, poussés par ceux qui viennent derrière, vont s’accrocher dans les fils de fer électrifiés qui sont à deux mètres derrière.

Quelques-uns d’entre nous sont devenus fous.

Les kapos également, sans acune raison, nous appellent les uns après les autres pour nous frapper. Ceux qui tombaient sous les coups étaient piétinés.

On soignait au block 21 un très grand nombre de détenus atteints de fracture de la mâchoire provoquée par des coups de matraque donnés par les kapos.

On peut affirmer qu’à peu près 80% de ceux-là devaient être hospitalisés et mourir quelques jours plus tard.

Certains des camarades sont mort parce qu’un kapo voulait prouver à un autre kapo qu’on pouvait tuer un homme d’un seul coup.

Les internés de droit commun étaient terribles (Polonais ou Allemands). Ils assommaient un Juif pour lui prendre son pain, sa soupe. Un jeune kapo de 18 ans a tué plus de 400 Juifs pour leur prendre leur ration de nourriture.

Au poste des W.C. où l’on mène en troupeau, il faut entrer à tour de rôle. Un kapo se trouve devant la porte. Vous entrez dans le cabinet, et dès que vous y êtes, le kapo commence à compter à haute voix. Il compte jusqu’à 10 et au bout de ce temps vous êtes obligés de sortir. Si vous n’avez pas eu le temps de le faire au moment voulu, vous risquez d’être tué par un coup de massue appliqué sur le crâne. Nombreux étaient mes camarades qui périssaient quotidiennement au cours de la visite des W.C.

Le Oberkapo de la gare d’Auschwitz avait tué 30 000 détenus afin d’obtenir sa libération et pour être admis dans la garde personnelle d’Hitler.

Les femmes subissaient le même sort. On les battait, on les brutalisait. La mortalité parmi elles étaient beaucoup plus élevée encore que chez les hommes.

M…. s’est livré à des exécutions de 25 coups de « gummi » sur 3 femmes juives qui avaient mangé des navets crus au déchargement d’un wagon. L’exécution de cette punition fut abominable ; les femmes hurlaient ; elles se sont trouvées mal. M… a ordonné à ses soldats de remettre les femmes tombées par terre sur la chaise et a continué de frapper.

Une autre fois, les femmes avaient ri et chanté au retour de la fabrique, il a donné l’ordre de leur faire faire une heure et demie de pose dans la neige jusqu’au mollet et face à un vent glacial.

Une autre fois encore, les femmes ayant également ri, il les fit mettre sur deux rangs, puis pris un fouet composé de 5 à 6 cordes à nœuds et les frappa en pleine figure. Pour la moindre chose, nous étions privées de manger pendant deux jours entiers.

B… passait dans le camp à bicyclette, renversant sur son passage les prisonnières, s’attaquant toujours aux plus vieilles, distribuant des gifles sous le moindre prétexte.

J’ai vu une camarade battue à coups de ceinturon par des femmes S.S.

Il y avait une S.S. condamnée de droit commun, particulièrement brutale (elle avait assassiné son mari), qui a frappé et giflé brutalement beaucoup de femmes et, à un moment où je me retournais pour chercher à voir des camarades, elle m’a giflée très brutalement et m’a donné un coup de pied dans le ventre.

Un jour j’ai reçu un magistral coup de poing de la « jument verte », parce que ce qui me servait de chaussures n’était pas lacé...

Nous l’avions surnommée « la jument verte » à cause de ses dents qui s’avançaient ; elle avait le chic pur vous envoyer un coup de poing en plein sur les lèvres, qui vous défonçait la mâchoire ou vous cassait les dents.

Une autre Oberscherin nous est arrivée, qui nous menaçait toujours de son révolver ; nous l’appelions « la dompteuse ». Nous avions dénommé une autre « le sanglier ». Toutes ces femmes sortaient des camps de jeunesse hitlérienne où elles avaient subi un entraînement spécial. Elles étaient elles-mêmes très durement menées.

Souvent les femmes S.S. s’amusaient à se montrer l’une à l’autre la manière la plus forte dont elles dirigeaient leurs internées : on appelait une internée et en plein atelier elle était passée à tabac par chacune des femmes S.S. L’une d’elles, qui était petite, montait même sur une table pour pouvoir ainsi atteindre avec ses pieds la poitrine de l’internée qu’elle frappait de toutes ses forces.

La « Lagerseerka » était une mégère maigre et repoussante. Elle se distinguait par son sadisme et des dérèglements sexuels ; elle était à moitié folle. A l’appel du matin ou du soir, elle choisissait parmi les femmes épuisées et amaigries la plus belle qui avait conservé plus ou moins un aspect humain et, sans raison aucune, la fustigeait sur les seins. Quand la victime s’écroulait, la « lagerseerka » la frappait entre les jambes, d’abord de sa « peitche » puis de ses souliers cloutés. Ordinairement, la femme laissait derrière elle une traînée sanglante. Après une ou deux exécutions de ce genre, la femme devenait infirme et ne tardait pas à mourir.

Une femme a été envoyée, sur dénonciation d’une internée allemande, au block des condamnés à mort pour avoir donné de l’eau à une Juive.

Nous étions arrivées à 120 au camp. Au bout d’’un mois il y avait 30 de mortes.

Certains jours, on donnait l’ordre au chef du block de faire mourir un certain nombre de femmes. Ces femmes étaient battues jusqu’à ce qu’elles tombent. J’ai vu moi-même le Lager se remplir de cadavres ; on aurait dit des mouettes blanches étalées sur la neige.

A suivre L'APPEL
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