samedi 18 mai 2013

Camps de concentration - Punitions et tortures -





PUNITIONS ET TORTURES

Les punitions habituelles étaient :
25 coups de bâton ou de cravache sur les fesses ; plusieurs heures de garde-à-vous au soleil d’été ou à demi-nu par une température glaciale ; privation d’aliments pendant deux ou trois jours ; courses au pas de gymnastique pendant une demi-heure avec une pierre de 20 kilos devant une chaîne de sentinelles qui cravachaient chacun son tour, les punis, au passage.

La sanction la plus courante était la schlague (raclée).

Pour une bagatelle, les détenus étaient frappés à coups de bâton ou de cravache.

Les gardes S.S. ordonnaient à chacun de nous de se pencher et de passer la tête et les épaules entre deux poutres qu’ils resserrent aussitôt. Pris ainsi, l’homme n’est plus libre de ses mouvements. Tandis qu’il se débat en vain, on lui applique par derrière 25 coups de bâton.

C’est au moindre acte de désobéissance que les S.S. donnaient 25 coups.

Le nombre de coups variait suivant la gravité de la faute commise (25, 50, 75, 100).

Les peines collectives consistaient habituellement en la privation de nourriture pour tout le camp pour une durée de trois jours, pouvant se prolonger pour certains cas jusqu’à 8 jours (En novembre 1939, cette peine fut aggravée pour les Juifs par l’emprisonnement dans la baraque obscure).

Pendant cette période, on obligeait les prisonniers à rester debout sur le lieu habituel du rassemblement et par une température de mois 16°.

Une fois, la punition dura 6 jours : privation de nourriture et rassemblement debout. 180 prisonniers ont succombé.

Sur les 12 000 détenus du camp, environ 10% sont morts des suites de cette mesure. Ce fut le supplice le plus terrible du camp.

Autres peines : exercice disciplinaire après des heures de travail. En  général, les détenus punis de la sorte mourraient.

Parmi les blocks, il en est un de beaucoup plus douloureux que les autres : le « Strafblock » ou block des punitions.

Ce cachot, totalement obscure, était construit de telle façon que les prisonniers ne pouvaient ni se coucher, ni se tenir normalement debout.
Placées soit une ou plusieurs détenues par cellule, les prisonnières avaient les pieds dans l’eau jusqu’aux chevilles.

Les pensionnaires du cachot étaient privées de nourriture.

Une soupe était distribuée tous les quatre jours.

Pendant le séjour au cachot, chaque jour, vous êtes condamné à recevoir un minimum de 25 coups de fouet. Un S.S. s’acharne sur vous à coups de nerf de bœuf ; les douleurs sont intolérables.

Le plus souvent les coups étaient donnés sur le bas du dos et les reins et avaient pour effet de mettre la peau à vif.

Une des plaies ainsi causée mesurait de chaque côté 13 centimètres de diamètre, c’est-à-dire que les deux fesses n’étaient plus qu’une plaie.

Les coups étaient souvent accompagnés d’autres traitements. Un interné a été emmené à la salle des douches et a été pendu, les mains liées derrière le dos, pendant deux heures. Pendant ce temps, il a été violemment frappé au visage et sur tout le corps à coups de nerf de bœuf. Ramené au bureau du Rapportführer, on lui a fait signer une déclaration et il a été obligé de rester debout au garde-à-vous de 10 heures du matin jusqu’au lendemain 7 heures.

Enfin, un autre a été emmené avec deux de ses camarades à la salle des douches ; on lui a appliqué 25 coups de nerf de bœuf trempé dans l’eau, sur les fesses et sur les reins.

Comme les autres punis, il était obligé de compter les coups. Si l’un des punis se trompait, les deux S.S. qui frappaient recommençaient à zéro.

Après l’application des 25 coups, il a été astreint à faire des mouvements de gymnastique très pénibles jusqu’à ce que les deux autres aient reçu leur punition.

Quand l’un des punis ne faisait pas correctement les mouvements ou s’il tombait à terre, il était alors violemment frappé à coups de nerf de bœuf sur n’importe quelle partie du corps.

Parmi les deux détenus punis en même que H, se trouvait un Juif qui a été frappé par les S.S. jusqu’à ce que mort s’ensuive et les autres détenus ont été obligés d’emporter son cadavre avec eux dans le cachot.

H… a été ensuite renfermé au cachot avec les autres détenus (dont un était mort) pendant 3 jours et 3 nuits, obligé de rester debout en raison des plaies reçues qui ne lui permettaient pas de s’asseoir ni de s’étendre.

Quant à moi, je fus martyrisé d’une manière horrible les coups avaient tellement fait enfler la tête qu’on ne me reconnaissait plus. R… M…, directeur de l’ambulance externe de l’hôpital du camp, qui m’a pansé, peut témoigner de l’état dans lequel je lui apparu après de tels traitements.

C’est dans un tel état que je dus enfiler mon pantalon, remettre mes vêtements dans un ordre parfait, boutonner rapidement ma veste, ce qui me causa une douleur immense car mes membres refusaient leur service.

Lorsqu’une détenue ne pouvait, en raison de son épuisement total, fournir le travail demandé, celle-ci était considérée comme « récidiviste » et enfermée dans une cellule sans manger et jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Les prisonniers étaient également torturés.

J’ai vu une femme dont un bourreau plongeait la tête dans une baignoire d’eau à 1°, jusqu’à évanouissement ; ensuite le tortionnaire la réveillait à coups de poing sur les tempes.

Voici les tortures que j’eus à subir : pointes de feu sur tout le corps, les deux jambes complétement tournées, ce qui amena la déchirure des muscles de l’aine. Les cicatrices de ces différentes tortures, après 9 mois, sont encore très apparentes et notamment une grosse cicatrice à la cuisse, qui, elle, provient d’un coup de couteau.

Je précise qu’au moment où je fus torturé, on me fit mettre nu, on appela deux femmes pour venir me contempler car on prétendait que tous les curés étaient syphilitiques et on voulait s’en rendre compte. On a dû constater que c’était faux.

Une des plus douloureuses tortures qui me furent infligées est l’arrachage des poils de ma barbe par poignée.

J’eus les doigts des mains écrasés par un appareil construit spécialement ; ensuite je fus mise dans un appareil en bois ayant la forme d’un tonneau et, par le mécanisme d’une lame d’acier, mon corps était forcé de s’affaisser progressivement et je ne fus sortie que lorsque je vomis de la bile et du sang.

J’ai été pendu par les pouces, battu par les pieds, la tête dans l’eau, les parties piquées par des aiguilles et passé au tonneau, qui consiste à attacher le patient, les reins sur le tonneau, pendant qu’on tire sur les membres et écartèle.

T… eut un œil crevé et des ongles arrachés (mains et pieds).

Les deux frères P… furent crevés à coups de bottes et de gourdins ; ils furent descendus à la cave inanimé, les articulations disloquées. Ils restèrent sans connaissance pendant plus de deux jours. Ils déliraient et l’un d’eux m’invitait à aller boire au café et me rendre au bal. Ils étaient devenus inconscients. Ils urinaient et vomissaient du sang.

Le 21 mars, j’ai vu 5 Alsaciens attachés au mur par le main, au moyen d’une chaîne, l’autre main dans le dos ; ils sont restés ainsi 4 ou 5 jours parce qu’ils n’avaient pas voulu se battre pour l’Allemagne.

Souvent, ils attachaient derrière le dos des menottes aux mains des accusés, puis les suspendaient ainsi au plafond par les poignets en les frappant par-dessus le marché à coups de cravache. Certains tombaient en syncope, d’autres devenaient fous et se mettaient à chanter.

Ils pratiquaient aussi la torture suivante :
Les petites menottes aux poignets, les genoux étaient retournés dans l’ovale ainsi formé, puis un gourdin était glissé entre les genoux (en dessous), et  les coudes (en dessus). La boule ainsi formé était renversée sur le sommet du crâne, les genoux et l’une ou l’autre épaule servant de point d’appui. C’était la position de la trifouillée normale acquise à coups de botte et de poing. Deux hommes prenaient des gourdins et frappaient de toutes leurs forces sur les reins, les fesses et les cuisses. Pour ma part, je comptais une fois jusqu’à 187 coups. Lorsque la souffrance devenait telle que l’on ne pouvait plus retenir les hurlements de douleur, ils renversaient sur le côté, disposaient leurs bottes cloutées sur le visage, le talon sur la mâchoire inférieure et l’extrémité sur le haut du crâne, cependant qu’un aide bourrait la bouche de chiffons.

Il résulta une véritable paralysie des muscles de ma main survenue à la suite d’une suspension par le poignet prolongée pendant des heures.

Les tortures furent telles que le colonel B… fit la grève de la faim. Il mourut environ un mois après notre arrivée.

Quant aux instruments de torture, ils comprenaient des menottes spéciales aux mâchoires dentées, des couteaux et engins pour écraser les parties. Des gourdins 3 à 5 centimètres de diamètre, des nerfs de bœuf dont d’un était flexible et portait des lames de plomb et des pointes.

Ils connaissaient toutes les parties du corps où ils pouvaient faire souffrir sans tuer et pourtant souvent on aurait désiré mourir.

Lorsque les zones normales de choc devenaient insensibles, ils s’acharnaient sur les points sensibles : les parties.

S…, père de famille, 35 ans, fut martyrisé à un degré qui frise les raffinements les plus poussés de la cruauté. Lorsqu’il revint de la dernière séance, il n’avait plus la force de se tenir debout et les horribles meurtrissures de son corps ne lui permettaient pas de s’allonger. Ces monstres lui écrasèrent la verge et les testicules.

J’ai subi l’électrocution de la verge au moyen d’un instrument qui n’était pas un instrument de fortune, car il avait la précision d’un fin instrument chirurgical. Il s’agissait d’un tube composé de deux lames d’acier, assez souples, reliées à la base pour leur donner beaucoup de souplesse, munies d’une bague circulaire avec une vis. On introduisait la verge et on serrait la vis. L’extrémité du tube munie d’un fil conduisant à un rhéostat. Lorsque le courant était établi, on ne sentait absolument rien, mais la douleur était provoquée par des ruptures du courant, qui provoquaient à chaque fois un choc nerveux formidable.

La femme du commandant avait l’habitude de se promener chaque jour à cheval. Quand un interné osait seulement la regarder, elle inscrivait son matricule ; l’interné était immédiatement jeté au cachot, recevait 25 coups de bâton et quelquefois assassiné.

Lorsque le surveillant du cachot procédait à un interrogatoire, il sortait son revolver et menaçait d’abattre l’interné en question s’il ne faisait pas des aveux et, effectivement, il en abattait.

Un détenu est resté 6 mois dans une cave, enchaîné, les yeux bandés.

Une fois, le nombre des torturés s’élevait à environ 30 hommes. La fureur des S.S. était d’autant plus grande qu’ils recevaient pour leur travail du vin et du schnaps. Dans tout le dortoir, attenant, les internés ne purent fermer l’œil de toute la nuit à cause des cris de souffrance des torturés. Le supplice dura jusqu’au rassemblement du matin et fut tel que la plupart des accusés ne purent se lever. Ils furent traînés par terre. Beaucoup d’entre eux étaient devenus méconnaissables en raison des coups reçus au visage.

Pendant 4 semaines, les suppliciés furent exposés à toutes les intempéries, les mains toujours enchaînées derrière le dos, même pour les besoins, pour manger ou boire. Les ligatures étaient si fortes que les bras mirent à dépérir. Finalement ils furent pendus.

Beaucoup d’internés sont mort au camp à la suite des tortures qui leur ont été appliquées.

Certains ont été fouettés jusqu’à ce qu’ils meurent. Certains ont été étranglés. Certains ont été vidés de leur sang.

Pendant les 13 mois que j’ai passé au cachot, furent assassinés 300 à 400 déportés. Je peux indiquer assez exactement le chiffre parce que les porteurs de cadavres étaient appelés à l’entrée à chaque fois qu’un interné était assassiné.

Presque personne n’est sorti des prisons du camp.

Regarder par les fenêtres des cellules signifiait une mort certaine. Les internés qui furent surpris à le faire furent assassinés : battus ou piqués. La même solution attendait ceux qui lisaient un morceau de journal, même si c’était pour l’utiliser comme papier hygiénique.

Pour des actes futiles (vol de pain, fol de fil laiton, fils téléphoniques pour se faire des lacets de chaussures), les cas de pendaison furent nombreux. Ce fut notamment le sort de deux Français.

Le camp était entouré de deux rangées de fils de fer barbelés électrifiés, séparés de peu de distance. Cette installation servait également de camp de punition on obligeait les punis à passer la nuit entre ses deux rangées de fils de fer où ils ne pouvaient ni s’allonger ni s’asseoir, à proximité des tours de surveillance ; ils devaient donc se tenir debout et, en plus, ils étaient privés de nourriture. Lorsque leur état d’épuisement ne leur permettait plus de résister, ils tombaient sur l’une des ceintures de fils de fer électrifiés et on les retrouvait morts.

Une autre méthode favorite des nazis pour torturer les prisonniers était la pendaison aux arbres.

Au cours de l’année 1938-1939, cette torture se pratiquait dans les bois derrière le camp. Vingt à vingt-cinq arbres avaient été installés et portaient à deux mètres de hauteur un crochet. Les mains des détenus étaient liées derrière leur dos et une poulie les hissait par les mains jusqu’à ce que leurs pieds ne touchent plus terre. Le chef du camp et un S.S. allaient d’arbre en arbre et, à l’aide d’une cravache, frappaient les détenus. La durée minimum de la pendaison était d’une demi-heure. Y rester trois heures n’était pas rare. Cette torture appliquée au moins deux fois par semaine.

Vingt détenus furent liés ensemble par les chaînes et durent former un rond autour d’un arbre de la  place d’appel. Durant toute la nuit, les S.S. excitèrent les chiens contre eux. Au matin, seuls 3 détenus vivaient encore.

Un S.S. visait et tuait un détenu après l’avoir suspendu à une branche d’arbre élastique d’où des camarades devaient l’envoyer en l’ai comme une flèche.

La spécialité d’un autre tortionnaire consistait à noyer les détenus dans un tonneau.

Les S.S. saisissaient un homme par les jambes, le plongeaient dans un tonneau d’eau glacée, le sortaient, pratiquaient cet exercice de nombreuses fois et il était finalement noyé.

Un prêtre polonais a été châtré publiquement. Après cette opération, le prêtre s’est bandé avec un mouchoir puis, aidé par des camarades, il regagna le block où il fut noyé.

J’ai été témoin de la scène suivante : un pauvre détenu, après avoir été battu d’une façon inhumaine, fut traîné dans un lavabo (mois de mars 1944, lavoir du block 48), couché à terre et arrosé d’eau froide par grands seaux jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Quelques jours après notre arrivée, le chef du block fit sauvagement exécuter un de nos camarades de Bordeaux dont je ne me souviens pas du nom. Il le fit mettre complètement nu un soir, il l’arrosa d’eau froide et le laissa dehors pendant plusieurs heures (nous étions au début de février), puis il fut rentré dans le block et attaché à un poteau. Le lendemain matin, aux environs de 5 heures, il fut abattu à coups de bâton, ce qui lui brisa la nuque, et, comme il ne mourait pas assez vite, les Stubendienst lui plongèrent la tête dans le réservoir d’eau où se lavait la vaisselle.

Une femme S.S. a tué une petite Française en lui faisant boire de l’eau jusqu’au moment où elle ne peut plus en ingurgiter. Elle la fit coucher pour lui faire rendre cette eau à coups de talon ; elle frappa ainsi jusqu’au moment où le sang jaillit.

Après certains supplices, des camarades n’avaient plus la force de faire les 10 mètres qu’ils devaient parcourir pour reprendre les rangs. Ceux qui gisaient sur le sol furent emportés dans le chenil du camp où ils furent la proie des chiens bergers affamés. Ces chiens bergers déchirèrent à belles dents les corps des hommes encore vivants qui gisaient dans leur cage. Les quartiers de chair humaine qui demeurent après cette ripaille sont emportés quotidiennement dans un crématoire, ainsi que nous le sûmes plus tard. Aucune trace ne doit subsister. Tous les lieux de camp demeurent impeccablement propres et même riants.

A chacun de ces gestes de cruauté devait assister un certain nombre de détenus spectateurs.

Dans ce camp de la mort, les cris de douleur étaient parfois si stridents que le commandant du camp crut bien faire d’y remédier en rassemblant le reste des détenus non spectateurs sur une petite colline à quelques distance du lieu de tortures et en leur faisant chanter des chansons joyeuses.

Sur la grille même, dessinée en fer forgé, on peut lire la devise du camp : « Jedem das seine », A chacun selon ses mérites !

A suivre - TRAVAIL-
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