mardi 11 juin 2013

Camps de concentration -Gazage et crémation-





GAZAGE ET CRÉMATION

A leur arrivée au lieu d’exécution, lequel était entouré d’une double haie de barbelés, les hommes, les femmes et les enfants devaient se déshabiller entièrement et on donnait à chacun une serviette et un morceau de savon. Ensuite on les conduisait dans le bâtiment jusqu’à ce qu’il fût complètement rempli.

Une fois les femmes n’ont pas voulu se déshabiller. Une d’entre elles, une Juive italienne a sauté sur un officier S.S. lui a arraché son révolver et l’a tué dans la chambre à gaz et elle en a blessé un autre.

Parmi beaucoup d’autres, un cas reste particulièrement gravé dans ma mémoire. J’étais depuis deux ou trois semaines dans le camp lorsqu’un groupe d’environ 200 Israélites venus de Belgique y fit son apparition. On les dirigea tous vers les cabines de gaz pour y être asphyxiés. Parmi eux se trouvait une jeune Israélite d’une merveilleuse beauté, elle tenait dans ses bras un bébé d’environ trois ans.

Le chef S.S. la remarqua et lui dit : « Venez avec moi dans la baraque, je veux retarder votre fin de quelques heures ». La jeune femme, pour toute réponse, désigna l’enfant qu’elle tenait dans ses bras. « Qu’à cela ne tienne » s’exclama le chef S.S. et il prit le petit des bras de sa mère. L’enfant se mit à rire croyant que l’officier voulait jouer avec lui, il se pencha vers l’Allemand vraisemblablement pour l’embrasser. Alors l’homme, pour toute réponse, prit son élan et brisa la tête du petit contre le mur de ciment. L’enfant n’eut pas même le temps de pousser un cri. Mais la jeune mère réussit à saisir le revolver qui pendait à la ceinture de l’Allemand et l’abattit ainsi que plusieurs autres S.S..

On s’empara d’elle ; elle fut suppliciée dans l’antichambre même de l’édifice des asphyxiants.

Dès que les chambres étaient pleines il est arrivé que les bourreaux S.S. décidaient de faire jeter les adultes par-dessus les adultes.

Dans un convoi de femmes juives, l’une d’elles ayant un bébé de sept mois, fut séparée de celui-ci avant de passer à la chambre à gaz, l’enfant étant laissé dehors. Un S.S. s’apercevant que l’enfant avait été oublié le prit par une jambe et lui fracassa la tête le long du mur.

Un jour, le Oberscharführer tint le langage suivant aux internés enfermés dans la chambre à gaz : 
« Messieurs, après avoir dévalisé le monde, vous êtes venus à Birkenau. Ici chacun doit travailler dans son métier, les médecins, les ingénieurs, avocats, etc… Mettez-vous ensemble. Déshabillez-vous, mettez bien vos affaires pour les retrouver à la sortie. Aidez-vous à bien vous désinfecter, car vous venez de pays où il y a des épidémies et, pour cela, poussez-vous bien les uns contre les autres, de façon qu’on ne soit pas obligé de vous faire recommencer l’opération deux fois.

Les prisonniers obéirent ; les derniers poussés dans la casemate, cette fois-là, furent les médecins.

Avant de fermer la porte de a casemate, le Oberscharführer, avec un rire satanique, leur cria : « Und jetzt werden Sie sterben wie die Ochsen » (et maintenant vous allez mourir comme des bœufs).

La manière d’opérer bien établie était d’empiler les adultes nus, hommes et femmes ensembles, si serrés qu’ils ne pouvaient pas bouger. Les enfants généralement étaient saisis par les chevilles par les S.S. et la tête écrasée contre une pierre. Leurs corps étaient alors jetés sur les têtes de leurs parents et la porte fermée.

Oh ! Mon Dieu quelles visions apocalyptiques : ces cris de mères implorant pitié pour leurs enfants qui, bien souvent, se trouvaient dans la même chambre ou celle d’à côté. Ces enfants réclamant leurs parents, ces frères, ces sœurs, implorant encore Dieu et espérant sa clémence alors qu’ils se trouvaient au seuil de la mort. Ces plaintes, ces cris de désespoir, ces traces d’ongles sur les murs de ces terribles salles, je ne les oublierai jamais.

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Une fois toutes les portes fermées hermétiquement, l’ai était raréfiée par des aspirateurs afin de diminuer la quantité d’oxygène et accélérer ainsi l’asphyxie.

Par une ouverture du plafond, les Allemands jetaient dans une colonne formée de fil de fer, située au milieu de la pièce, des récipients. Le contenu des récipients a été analysé à l’effet d’établir la teneur en acide cyanhydrique par la formation du bleu de Prusse, par le papier de tournesol benzidinocyanate  et par le picrate de sodium. On a prélevé des échantillons dans 18 boîtes et on a obtenu 48 réactions.

Ainsi, le contenu analysé des boîtes constitue une préparation de « Zyklon B » composé de Kieselgahr ou silice à granules spécialement préparée, chaque granule étant de la grosseur de 1 cm et imbibé d’acide cyanhydrique liquide, stable. Le contenu des boîtes découvertes en quantité dans le camp et étiquetée « Zyklon » est identique au « Zyklon B ». Les échantillons de gaz prélevés dans cinq ballons ont été vérifiés à l’effet d’établir la présence de l’oxyde de carbone par la réaction avec le quinoxyde d’iode et le papier réactif chloro-palladeux.

Chaque récipient était percé de quatre trous par lesquels se dégageait le gaz. La colonne de fil de fer empêchait les détenus de s’approcher du récipient et le boucher avec leurs mains les trous. Le gaz se dégageait donc asphyxiait.

Des ventilateurs sont actionnés et activent la répartition du gaz dans toute la pièce.

Les détenus placés auprès de la colonne de fil de fer mouraient en six ou sept minutes, ceux qui étaient plus éloignés étaient asphyxiés en huit ou douze minutes. Pour que l’opération réussisse certainement, la chambre n’était ouverte que quinze ou vingt minutes après.

Des fenêtres témoins permettaient aux S.S. et à la Gestapo d’assister à l’horrible spectacle.

Le travail terminé, la porte de la chambre était alors ouverte, un ventilateur chassait le gaz et une équipe nommée Sonderkommando emportait les cadavres.

Les asphyxiés sont tous égratignés de la plus affreuse façon. Les malheureux, dans leur affolement, dans leur agonie, s’arrachent les yeux, se labourent le corps.

Les cadavres, serrés, sont entremêlés les uns aux autres. Il semble impossible de les sortir, d’où l’emploi d’espèce de hoyaux à deux dents pour retirer les cadavres de la chambre. Ils sont sortis un à un, amenés près de l’ascenseur où, avant de les charger dans la cale, une équipe dite de récupération, va procéder à l’inspection de la bouche pour effectuer la récupération des dentiers et des dents en métal précieux ou des bagues qui peuvent encore rester aux doigts des cadavres. On ne peut concevoir que l’esprit de rapine soit poussé jusque là, telle est pourtant la vérité.

C’est une équipe de quatre dentistes spécialisés qui procède à l’enlèvement des dents en or des cadavres.

Des chambres à gaz, les cadavres étaient systématiquement transportés pour être incinérés au crématoire.

J’ai souvent vu ce camion avec sa remorque qui faisait la navette entre la chambre à gaz et le crématoire ; de la chambre à gaz il partait chargé de cadavres, il était vide au retour.

Les cheveux des femmes étaient également coupés avant leur incinération.

Les cadavres sont transportés par wagonnets ascenseurs à l’étage supérieur où se trouvent six fous brûlant et réduisant en cendres 36 cadavres en vingt minutes, 108 corps à l’heure, soit 2 592 par vingt-quatre heures, car ils brûlaient sans interruption.

Le plancher de certaines chambres à gaz formait trappe et s’ouvrait directement sur d’immenses fours crématoires.

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Au risque de ma vie, j’ai visité moi-même une nuit avec des camarades un four crématoire et je peux dire qu’il était aménagé d’une façon très moderne.

Le bâtiment était fait de fortes briques de construction au sol, en ciment, en étage, avec un sous-sol s’étendant dans toute la largeur du bâtiment, de 3m.70 de haut. L’étage principal contenait un bureau administratif « donnant » sur la façade ; une armoire et un cabinet de toilette pour le personnel S.S. situés à l’autre extrémité du bâtiment, enfin la chambre d’incinération au centre. Cette dernière contenait sur une même ligne, deux batteries à trois incinérateurs, chacune avec un foyer de briques, chaque incinérateur ayant une capacité de trois corps, soit une charge totale de 18 corps.

Le sol de chaque incinérateur comportait une grille rudimentaire par laquelle chaque jour les cendres étaient enlevées à la fin de l’opération. Le feu venait d’une fournaise (chambre à feu) occupant les 2/3 arrières du sol. Les flammes étaient déviées sur les corps par des chicanes situées au sommet de la chambre à feu. La partie du sous-sol donnant sur la façade comportait la chambre de strangulation.

La crémation durait vingt-cinq minutes. En une heure on pouvait brûler 6 cadavres. Les crémations étaient alors poussées : au lieu de brûler du coke, on utilisait une espèce de combustible dénommé « Naphta ». La chaleur était encore intensifiée au moyen d’un moteur spécial qui chassait l’air. La température de ces fours pouvaient être portée à 1 500°.

Naturellement lorsque trois corps brûlaient ensemble, il n’était pas question de séparer les cendres ; lesquelles n’étaient pas vidées à chaque chargement mais seulement lorsqu’on arrêtait la crémation.

Chaque four pouvait contenir deux ou trois personnes selon la taille et le poids de celles-ci.

On pouvait faire tenir quatre cadavres à la fois avec les extrémités tranchées.

Et, en effet, pour faire tenir dans les fours le plus possible de cadavres, ces derniers étaient démembrés, en particulier on tranchait les bras et les jambes.

Les fours géants étaient faits de briques et de fer, c’étaient des crématoires d’une grande capacité de service.

J’ai vu neuf fours perfectionnés. On pouvait y mettre jusqu’à quinze corps dans un seul four.

La crémation fut si brutalement interrompue à l’arrivée des blindés américains dans la zone que les S.S. n’eurent pas le temps de mettre « leurs affaires en ordre », de sorte que les différents stades de tortures (stade des opérations successives) purent être pleinement examinés et compris. Le contingent de cadavres du jour précédent s’élevant à plus de 120 prisonniers, qui étaient morts dans le camp, fut entassé dans un camion dans la cour principale. Les grilles des foyers d’incinération n’avaient pas encore été nettoyées de leurs iliaques et parties de « bassins » et de leurs parties de crânes.

4 crématoires possédaient en tout 56 fours.

Rien que ces 56 fours brûlaient au total, quotidiennement 7 à 8 000 personnes.

Sur cinq autres crématoires, il y en a toujours quatre qui fonctionnent. Le débit journalier est pour l’ensemble de 10 400 en moyenne.

Les fours fonctionnent jour et nuit.

Aux jours de grande extermination, l’odeur cadavérique qui se répandait du camp jusqu’aux environ de la ville, et qui obligeait les habitants de Lublin à se couvrir la figure de leurs mouchoirs, terrifiait les habitants de la banlieue.

D’ailleurs nous voyions avec effroi les flammes rouges et gigantesques des crématoires qui s’élançaient vers le ciel.

Les S.S. nous disaient : « Ici il n’y a qu’une sortie, c’est la cheminée ».

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Les Allemands ont toujours veillé avec le plus grand soin à ce qu’un secret absolu couvrît ce secteur de leur activité.

Les internés n’étaient jamais admis à approcher des « chambres » ni des « fours ». Ceux d’entre eux qui avaient été désignés pour travailler à leur entretien et à leur manipulation (transports des corps, broyage des os après la crémation, etc.) et qui constituaient le « Sonderkommando » ou Kommando spécial, vivaient régulièrement à l’écart. Toutes communications avec eux étaient interdites. Par surcroît de précaution, le personnel en était fréquemment « renouvelé » ; ainsi la première équipe formée en juillet 1942 avec 250 prisonniers de guerre russes, fut entièrement fusillée en août et remplacée par 250 Juifs qui furent également passés par les armes fin 1942.

Et par la suite, le personne préposé au four crématoire fut exclusivement composé de Juifs travaillant sous la surveillance de S.S. Les Juifs qui y entraient ne devaient pas en ressortir, ce qui permettait de changer fréquemment les équipes.

Ces détenus vivent au lieu même de leur travail, ils sont complétement séparés de leurs camarades.

Les détenus des Sonderkommandos sont bien nourris.

Chaque détenu de ce kommando touchait chaque jour les rations supplémentaires ci-après : 560 grammes de pain, 60 grammes de marmelade, 45 grammes de beurre et 50 grammes de saucisson.

Ce travail n’était pas un travail de force, les morts étant aussi légers que des plumes.

Ils exercent leurs fonctions durant 90 jours exactement. Le 91ème jour chacun d’eux doit partir en wagonnet dans le four ou être d’abord gazé. Les internés du Sonderkommando ont le privilège de pouvoir choisir eux-mêmes entre ces deux supplices.

En 1942 et 1944, l’effectif de ces « Kommandos » devait être porté à 800 et tour à tour les internés de nationalités diverses furent affectés (nul ne pouvait échapper à cette désignation).

Etait-il possible de refuser de travailler ? Je crois que non, l’exemple suivant étant une preuve : En mars 1944, un transport de Juifs de Corfou, occupés par les Allemands, arriva au camp de Birkenau. La sélection révéla 400 personnes solides, aptes au travail. On les dirigea sur le crématoire en leur indiquant le travail à faire. Ils refusèrent tous ; ils furent gazés en bloc.

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Les crématoires que nous voyons du seuil de l’hôpital ouvrir leurs portes de demi-heure en demi-heure pour recevoir de nouvelles fournées ne suffisent plus. Les Allemands font alors creuser une immense fosse dont le fond est recouvert de bois sec ; sur ce bûcher les corps sont jetés et brûlés.

La crémation par les bûchers était réalisée dans des tranchées de 50 mètres de long, trois ou quatre mètres de largeur et de profondeur variable. Le fond de ces tranchées était recouvert d’une couche de bois, puis sur cette couche de bois, une couche de cadavres et ainsi alternativement, bois et cadavres, jusqu’à leur remplissage. Lorsque la tranchée était comble, on l’arrosait de pétrole et on y mettait le feu. Au fond de la tranchée avait été pratiqué un petit canal par lequel s’écoulait la graisse humaine dans un récipient placé à l’extrémité du canal. Le contenu de ce récipient était ensuite jeté sur le brasier pour activer la combustion.

On brûle à la fois 10 à 12 000 cadavres provenant des transports hongrois qui se succèdent à une cadence rapide.

On arrivait à brûler jusqu’à 15 000 détenus pas jour. Pour le 27 juin 1944, le Kapo principal du Sonderkommando a donné le chiffre de 24 000 corps brûlés.

Rien que dans les immenses brasiers de la forêt de Krempetz furent brûlés plus de 300 000 corps.

Dans les brasiers du camp même, près du crématoire, au moins 400 000.

Dans la nuit, le spectacle est impressionnant. Les S.S. viennent pour admirer et pour se distraire.

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Souvent il n’y avait pas de gaz, ou les Allemands n’avaient pas le temps de gazer.

Les exécutions n’en continuaient pas moins pour cela.

Pour accélérer  les opérations, les Allemands ont commencé à brûler vivants les vieillards et les enfants qui étaient là. De ce qui précède, je peux en donner la certitude absolue car de l’endroit où j’étais, j’ai vu.

Alors les flammes étaient dirigées sur cette masse d’humanité vivante.

Les malheureux étaient directement déversés dans l’immense brasier.

Les victimes étaient jetées nues et arrosées ensuite d’essence qui était alors enflammée.

Dans le camp, il y avait des malades et si leur maladie était un peu grave, on les envoyait vivants au four crématoire.

Le chef du crématoire, l’Oberscharführer, a ligoté les pieds et les mains d’une femme polonaise et l’a jetée vivante dans le four.

J’ai vu de mes propres yeux les S.S. incinérer vivants 14 officiers russes et 5 officiers polonais tous en uniforme.

En mai 1944, 100 Juifs d’Athènes, ayant refusé en bloc d’être employés au Sonderkommando, furent immédiatement tués : les uns fusillés, les autres brûlés vivants.

Au mois de mars 1945, on avait amené 500 hommes qui ont été brûlés vifs dans le four crématoire du camp

A 800-900 mètres de l’endroit où se trouvent les fours, les détenus montent dans les wagonnets qui circulent sur les rails. Ils sont, à Auschwitz, de dimensions différentes contenant de 10 à 15 personnes. Une fois chargé, le wagonnet est mis en mouvement  sur un plan incliné et s’engage à toute allure dans une galerie. Au bout de la galerie se trouve une paroi ; derrière, c’est l’accès dans le four.
Lorsque le wagonnet vient cogner la paroi, elle s’ouvre automatiquement, le wagonnet se renverse en jetant dans le four sa cargaison d’hommes vivants. Ceci fait, un autre de suite, chargé d’un autre groupe et ainsi de suite.
Il arrivait souvent que de petits enfants soient jetés vivants dans les camions avec les morts.

Plusieurs témoignages montrent que les enfants étaient jetés vivants dans les tranchées.

Dans un convoi arriva, avec d’autres une Juive polonaise ayant une petite fille de trois ans, très jolie. Cette femme connaissait l’existence des chambres à gaz d’Auschwitz et savait qu’elle allait être sa destinée. Lorsque le Kommandoführer passa devant elle, elle lui demanda, puisqu’elle devait mourir de sauver son enfant. Le Kommandoführer entra dans une rage folle et lui répondit : « Maudite Juive, je n’ai pas d’ordre à recevoir de toi ! » Il saisit l’enfant par la poitrine et la porta au four crématoire, la mère le suivant en hurlant ; il fit ouvrir la porte du four et y jeta l’enfant vivant.

On jette les enfants dans ce four, vivants, jusqu’à l’âge de dix ans. Les moins de 45 kilos passaient automatiquement au four crématoire.

Il y avait dans un convoi près de 400 enfants qui furent brûlés vivants.

De nombreux détenus ont été incinérés vivants.

Dans un seul camp, 1 000 000 de malheureux Juifs sont mort d’épidémies de typhoïde ou de typhus mais surtout brûlés vifs dans les fours crématoires.

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Après la crémation, il restait des quantités d’os qui étaient employés de deux façons : à consolider la terre lors de la construction de nouvelles routes, ou bien encore les os étaient moulus et versés dans les fosses.

Car les hitlériens faisaient moudre les menus ossements dans un moulin spécial.

Les cendres étaient vendues à une usine allemande fabriquant des phosphates destinés aux engrais.

La Commission russe des crimes de guerre qui a instruit sur place, a retrouvé les contrats passés entre la firme allemande en question et la direction du camp. Ces contrats contenaient une close spécifiant que les cendres à fournir devaient être d’un « calibre » déterminé.

La Commission a trouvé au « camp de destruction » plus de 1 350 mètres cubes de compost, constitué par le fumier et la cendre des cadavres brûlés et les petits ossements d’êtres humains.

Lorsque le disparu d’une famille dont on connaît l’adresse, on expédie une lettre dont voici à peu près le texte :
« Nos médecins ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour sauver la précieuse vie humaine qui leur était confiée, mais leurs efforts ont été vains, votre mari (ou autre parent) a été emporté par une pneumonie (ou autre maladie). Après avoir rendu les derniers devoirs au défunt, nous avons fait incinérer sa dépouille, nous conserverons ses cendres. Si vous désirez avoir le reste de votre parent, adressez une somme de 150 marks et nous vous en ferons immédiatement l’envoi. »

Au reçu de la missive, la famille se hâte d’envoyer les 15 marks. Alors les autorités du camp font puiser au hasard dans l’immense montagne quotidienne des cendres et font remplir un coffret qu’on adresse aux intéressés.

Ce que la famille recevait n’avait rien à voir avec les cendres du de cujus, mais cette opération faite dans un but mercantile, rapportait des sommes intéressantes à la direction du camp.

Les familles ne pouvaient recevoir que des cendres ayant appartenu à n’importe qui. Il est arrivé que la femme d’un détenu mort reçut les cendres de son mari et que la mère elle-même une autre expédition.

Ayant eu l’occasion de porter quelques lettre du médecin S.S. du Revier à l’Oberscharführer du crématoire, nous avons secrètement ouvert ces lettres ; elles émanaient des mères des détenus morts à Buchenwald demandant qu’on plaçât sur la tombe de leur fils ou de leur mari des couronnes et qu’on fît brûler des cierges et que la note leur fût envoyée !

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A côté de cette extermination systématique, des quantités de déportés mouraient chaque jour et il n’était pas rare de voir des montagnes de cadavres joncher le sol. Ils demeuraient sur place jusqu’à être parfois rongés par les rats.

Le nombre des morts augmentait sans cesse. Dans le block de quarantaine on trouvait de nombreux tas de cadavres.

Il mourait environ 700 détenus par jour. Il y avait des cadavres non enterrés, ni brulés, qui pourrissaient depuis décembre.

Il y avait pourtant un service spécial de ramassage des cadavres qui devait normalement fonctionner tous les matins, mais il ne passait pas dans tous les coins du camp.

Les prisonniers russes étaient transférés des camps réguliers de prisonniers de guerre à Auschwitz ou Birkenau pour des raisons disciplinaires. Nous trouvâmes ce qui subsistait des Russes dans un état terrible d’abandon et de misère, dans le bâtiment inachevé, sans la moindre protection contre le froid ou la pluie. Ils mouraient en masse. Des centaines et des milliers de leurs corps furent enterrés superficiellement, répandant une odeur pestilentielle. Plus tard, il nous fallut exhumer les cadavres et les enterrer à nouveau.

A partir d’octobre-novembre 1944, le charbon nécessaire au four crématoire n’arrivait plus et les cadavres ne pouvaient être brûlés. Ils restaient entassés auprès du four et les Allemands, soucieux de l’harmonie, les faisaient placer par paquets de 500 en tas réguliers. Les cadavres étaient placés tête bêche et, en attendant le charbon, ce sont des milliers de cadavres qui restaient entassés dans la cour du four crématoire. En mars, avec les premiers rayons du soleil, les cadavres ont commencé à sentir mauvais.

Une longue tranchée fut alors creusée par une unité spécialisée et ayant un matériel adéquat, puis commençant par une extrémité, le contingent journalier des morts fut entassé dans cette tranchée, progressivement, en commençant par le bas et tout le long de la tranchée. Le nombre de morts ainsi enterrés, pendant un mois environ, fut de 1 200. Cette information a été fournie par le général de Lattre de Tassigny, le commandant William Bullit et le chirurgien de l’armée. Tous ces chefs avaient inspecté le camp.

Dans un autre camp, en attendant l’arrivée de nouvelles provisions, les corps, au nombre de 1 800 furent réunis dans la cour principale et empilés comme du bois dans un stère. Au grand ennui des S.S. ces corps encombraient la cour principale et pouvaient être un témoignage très ennuyeux, très grave ; puis une période de sécheresse provoqua un problème sanitaire. De plus, les inhumations étaient plus gênantes que les incinérations et c’était en dehors des habitudes de la « Maison ». De toute façon quelque chose devait fait. C’est ainsi qu’un groupe de camions et une corvée spéciale d’internés furent organisés. Les corps furent chargés dans les camions et traînés en dehors du camp.

La corvée spéciale creusa une vaste fosse commune, y jeta les corps et la remplit par la moitié, longitudinalement, puis recouvrit les corps. Ensuite, les S.S. tuèrent à coups de revolver les membres de la corvée spéciale, jetèrent leurs corps dans l’autre moitié de la fosse restée vide, longitudinalement, et recouvrirent ces derniers corps.

Ailleurs, les Allemands ont installé une fosse commune lorsque le four crématoire a été détérioré. La fosse a été installée dans une carrière. On jetait les morts du haut de la carrière, puis on recouvrait la couche de cadavres d’une peu de chlore et d’un peu de terre.

Ailleurs encore, on a décidé la création de la fameuse fosse de la tour Bismarck dans laquelle on précipitait les cadavres avec de la chaux.

Lorsque le 11 avril 1945, vers 11 heures, nous sommes arrivés au camp de Bergen-Belsen, nous avons vu là un spectacle d’horreur que nous n’aurions pu imaginer : 22 000 cadavres gisaient, accumulés entre les blocks, tellement serrés, que par moment nous devions marcher dessus. Ils pourrissaient là sans qu’on les conduise soit au four crématoire, soit à la fosse commune et tous les jours on en ajoutait 7 ou 800 nouveaux.

A suivre - Libération

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