dimanche 2 juin 2013

Camps de concentration -Exécutions diverses-





EXÉCUTIONS DIVERSES


Pendant les années 42 et 43, il y avait presque journellement des exécutions capitales. Celles-ci avaient lieu, en général, par pendaison pour les détenus originaires de l’Est, et par fusillades pour les autres (Norvégiens, Hollandais, Belges, Français). De plus, lorsqu’un détenu déplaisait à son gardien, celui-ci remettait le soir une corde avec laquelle il était invité à se pendre lui-même pour éviter l’exécution par une balle dans la nuque dans une cave en ciment spécialement construite à cet effet.

Le règlement du camp prévoyait une prime donnée au tueur S.S. pour chaque exécution : deux décilitres d’eau-de-vie, trois cigarettes et cinquante grammes de saucisson.

C’est ainsi que se décida pour la nuit du 1er au 2 septembre 1944, le sort de quelque 300 internés (coups de revolver dans la nuque et pendaison), leurs corps déposés dans une cave où une mare de sang atteignit rapidement la hauteur de 20 centimètres. N’ayant pas été l’objet de mention relevée, nous ne pouvons en indiquer le nombre exact. Il devait s’agir, à notre connaissance, d’un groupe de partisans des environs.

Certains candidats à la mort étaient conduits au four crématoire, pendus ou brûlés. Il y en avait en moyenne 2 à 5 par jour (les internés qui ont travaillé au four crématoire pourront en certifier).

Ceux qui devenaient fous ou malades étaient mis dans les lavabos. Ils restaient là deux, trois jours sans chaussures. Les S.S. leur prenaient leurs vêtements chauds et ils restaient en chemise et caleçon et partaient en transport pour les fours crématoires.

Pour subir le même sort, furent conduits également au four crématoire, des travailleurs libres, dans leurs vêtements civils, venant de l’extérieur, qui durent passer une nuit au cachot pour être pendus entre 16 et 17 heures. La pendaison fut exécutée sur un ordre des S.S. par des internés, criminels professionnels.

Il y eut un cas concret d’exécutions de Français, lors de l’arrivée d’un convoi de Français, de Canadiens, d’Anglais parachutistes, en juillet, puis en octobre 1944. La première fois, 11 victimes, la seconde 17 ou 18. Quatre ont pu échapper à la mort par l’action conjuguée des politiques français et des antifascistes allemands.

Quelquefois on disait : « Il y a trop de Juifs ». Il fallait faire disparaître 100 hommes dans la nuit. Un S.S. s’en chargeait en les étranglant ou en leur donnant un coup de bâtons sur la nuque.

….. Je vis des S.S. sortant des cadavres d’une baraque voisine. Les cadavres étaient nus et les S.S. les traînaient par les pieds pour les mettre en tas. Je comptais plus de 80 cadavres. Les S.S. avaient la veille effectué, dans une baraque du camp, simplement un « nettoyage » habituel, consistant à tuer à coups de matraque de fer les habitants d’un baraquement entier.

Un jour, le chef de block choisit 10 infirmiers au hasard (j’en faisais partie) et nous envoya en toute hâte au block n°11. Nous sommes arrivés dans la cour de ce block et je fus effrayé par le spectacle qui s’offrit à moi. Il y avait là comme un amas de bois fraîchement coupé, un tas de cadavres de plus de deux cent mètres de haut. Ces cadavre étaient disposés d’une certaine manière, afin que le sang puisse s’écouler dans les rigoles qui entouraient le bâtiment ; mais le sang n’arrivait pas à s’écouler et avait formé une flaque et nous en avions jusqu’au-dessus des chevilles.

Un autre jour, une grande auto est arrivée ; elle ne put entrer dans la cour, on la plaça de façon que l’arrière soit tourné vers nous et nous avons dû passer les corps aux « Leichentrager » qui les jetaient dans l’auto. Pendant que je portais les premiers cadavres, un kapo, assis sur une table, s’écria tout à coup : « Le cœur est tombé ». Je me retournais et m’aperçus que le corps que je traînais était celui d’une belle jeune fille qui avait été ouvert au milieu de la poitrine et que le cœur était effectivement tombé. C’était la première fois que je voyais un cœur humain, je le ramassais et le jetais dans la voiture avec le corps. Je m’en fus chercher un nouveau corps ; celui-là avait reçu une balle dans la nuque, c’était d’ailleurs le cas de la plupart des cadavres, dont le sang coulait encore.

J’allais chercher un autre corps, qui était celui d’une jeune fille. Je la reconnus car je l’avais vue le jour même au moment où un S.S la menait au Bunker. C’était une jeune fille polonaise, elle marchait légèrement et gaiement, elle ne se doutait pas du sort qui l’attendait. Je la tirai par la jambe pour la porter vers la porte de l’auto, mais je reculais épouvanté, car tous les muscles de la cuisse avaient été enlevés jusqu’à l’os. L’auto contenait 264 cadavres ; elle revint deux fois.

Ah ! si la camionnette de la Croix-Rouge pouvait parler, que de scènes et que de conversations inouïes pourrait-elle relater. Elle servait aux transports des invalides, des enfants, des vieillards, des femmes enceintes que l’on emmenait, soi-disant à l’hôpital, mais qui, neuf fois sur dix, étaient déversés directement dans les fosses ou alors fusillés par le tueur qui se livrait sur eux à des tirs sataniques.

Autour du camp il y avait un grand fossé dans lequel les S.S. précipitaient les invalides et les vieillards. D’autres S.S. qui se trouvaient autour du fossé les abattaient à coups de feu.


Un jour on nous fit déshabiller. Nous étions complètement nus par une température de 10 degrés au-dessous de zéro. Vers 6 heures du soir, toujours nus nous avons été emmenés entre la cuisine et le mur extérieur du camp. Nous avons attendu. Vers 9 heures du soir, des bruits ont commencé à circuler ; il fallait, paraît-il, aux S.S. un certain nombre de cadavres. A 11 heures du soir, nous fûmes rassemblés et emmenés aux douches en présence d’un officier adjoint au commandant du camp. Celui-ci s’est livré à quelques plaisanteries avec son revolver, afin de tuer un peu au hasard. Puis, nous sommes entrés dans la salle de douches qui était gardée par les S.S. et la police du camp. Ils ont ouvert les douches et nous sommes restés une demi-heure sous l’eau glacée. Nous en sommes sortis à grands coups de matraque, déjà un certain nombre de camarades étaient morts dans la douche. Cette opération a recommencé trois fois, à 11 heures du soir, 3 heures et 4 heures du matin. A 7 heures du matin, les S.S. sont arrivés armés de gourdins, ils ont fait passer les survivants (nous restions à peu près 200) en tirailleurs le long de chaque mur (mur de la cuisine et mur de l’extérieur). Le jeu consistait à nous faire passer d’un mur à l’autre. Pendant ce passage ils nous assommaient d’un coup de matraque. Cette parade dura jusqu’à 8 heures du matin. Ils s’aperçurent alors que cela n’allait pas assez vite et ils allèrent chercher des haches ….. Je pus réussir à éviter les coups de matraque. Enfin, vers 9 heures du matin, ils ont cessé le massacre, nous avions perdu 340 camarades et ne restions plus qu’à 60.

Chaque année, le jour de l’anniversaire de la mort de Ernest von Rath, une vingtaine de Juifs étaient sortis des différents blocks du camp exécutés, sans autre formalité.

Les Allemands faisaient des exécutions et des pendaisons aussitôt qu’ils voyaient les Juifs reprendre un peu de courage.

Un S.S. en état d’ivresse, mais aussi de sang-froid, nous obligeait à défiler devant lui, à nous découvrir pour le saluer et, avec son revolver, il tuait au hasard ou selon son bon plaisir.


En dehors de ces faits quotidiens, j’ai été le spectateur de choses atroces pendant deux jours. Montant à toute allure et à toutes les heures de la journée du camp de Schirmeck, une camionnette était chargée d’une douzaine de prisonniers. Ces gens avaient les mains liées derrière le dos. La camionnette se rangeait derrière la salle du crématoire. Nous entendions les détonations de révolver ; les corps étaient enfournés dans le crématoire, la cheminée qui avait 12 mètres de haut était rouge, surchauffée à un point que dans la nuit on voyait des flammes de sept mètres au-dessus du toit.

D’après les renseignements obtenus et le nombre de voyages effectués par la camionnette, 360 personnes auraient été brûlées en trois jours, ce qui créa une psychose de terreur dans le camp, surtout en raison de l’odeur effroyable qui se dégageait du four crématoire surchauffé.

Le chef de ces services était un sadique. Il disait lui-même qu’il ne pouvait se mettre à table s’il n’avait tué ses quatre ou cinq victimes.

Pour les prisonniers politiques et les partisans amenés au camp, les Allemands employaient la méthode de la balle dans la nuque.

De la fenêtre de l’ambulance située au deuxième étage du block 21, on pouvait voir ce qui se passait dans la cour mitoyenne aux blocks 11 et 10. Je travaillais précisément à l’ambulance du block 21.

Nous pouvions alors, en toute tranquillité, regarder les interstices de la couverture qui obstruait la fenêtre et suivre l’exécution qui s’effectuait de la façon suivante : deux condamnés à mort nus, étaient tenus par un employé détenu qui les conduisait au pas de course jusqu’au mur noir en les traînant par le bras.

Là, un S.S. leur tirait un coup d’une arme à feu munie d’un silencieux dans la nuque.

Notre rôle se borna à enlever les cadavres et nettoyer le sang.

L’emplacement était préparé pour l’exécution de nouvelles victimes. Une fois qu’un groupe entier était liquidé, on gardait les corps dans le « quartier 28 » jusqu’au soir. Au crépuscule, tous les corps, y compris ceux des autres prisonniers morts pendant la journée, étaient empilés dans une grande voiture et conduits aux fours crématoires.

J’ai vu ainsi passer devant mes yeux 20 cadavres dont quatre femmes. Ils étaient tous Polonais. Nous avons conduit dans une charrette couverte de bâches les cadavres à travers le camp pour les mener au four crématoire.

Nous avons aussi défilé devant les Russes ainsi tués. Une fois même on nous fit défiler devant un Russe abattu d’un coup de révolver mais qui n’était pas mort ; il n’expira que trois semaines plus tard à l’infirmerie.

Une commission venant de Katowitz désignée sous le nom de « Sondergericht » (tribunal spécial), siégeait au block 11. Après son départ, l’exécution des victimes avait lieu.

J’ai vu, en septembre 1942, charger trois voitures de prisonniers tués de cette façon,, soit 240.

D’autre fois, il y eut des séries de 50, 100.

J’ai vu des exécutions se répéter depuis mon arrivée à l’ambulance, le 24 juillet 1942, jusqu’au mois de janvier 1945, au rythme d’une fois par semaine ou deux fois par mois.

Souvent trois ou quatre S.S. étaient habillés en médecins et se donnaient ainsi l’air d’une commission médicale. Les Russes étaient amenés, on les faisaient déshabiller puis on les visitait, on les mesurait et finalement on les poussait sous une toise se trouvant contre un déclic. La glissière, en tombant, réglait le tir et l’homme était exécuté d’une balle dans la nuque. On retirait le corps et on passait au suivant. On liquidait ainsi 50 ou 100 hommes qui passaient à la suite l’un de l’autre dans une salle où le mur et le plancher étaient maculés de sang.

J’ai vu aussi des fenêtres de mon kommando fusiller une dizaine de partisans polonais et les femmes S.S. qui nous gardaient nous ont interdit de dire ce que nous avions vu.

En août 1940, 1 100 nouveaux Polonais arrivèrent. Lors du premier jour, à la carrière, ils furent abattus à coups de fusil. Au bout de cinq mois il n’en restait plus que 300.

C’est encore le cas de 40 commissaires politiques russes que l’on fait revenir de la carrière où ils travaillent, vont à la douche habillés et sont fusillés à la mitrailleuse vingt minutes après.

Un stand de tir était situé à la sortie du camp. Les P.G. traversaient le camp et étaient amenés au stand. Peu de temps après, on entendait le crépitement des M.G. Jamais on ne revoyait les P.G. russes.

Dans un autre camp, avant qu’on ne mît les fours crématoires en opération, la fusillade avait lieu dans le bois de bouleaux et les corps étaient brûlés dans la longue tranchée. Plus tard, cependant, les exécutions avaient lieu dans le grand hall de l’un des fours crématoires qui avait été pourvu dans cette intention d’une installation spéciale.

D’un groupe de plus de 2 000 prisonniers de guerre soviétiques, il n’en est resté que 80, les autres ont été fusillés et une faible portion torturée et suppliciée à mort.

Dans l’hiver 1942, les Allemands ont anéanti ainsi près de 5 000 prisonniers de guerre russes ; par camions automobiles on les transportait des baraquements vers les fossés de l’ancienne carrière de pierres, où on les fusillait.

En 1943, on amenait au camp 300 officiers soviétiques, dont deux colonels, quatre commandants, les autres ayant le grade de capitaine et de premier lieutenant. Tous ces officiers furent fusillés au camp.

Durant l’année 1942 on fusilla en masse des prisonniers et des habitants amenés du dehors.

Un jour, les S.S. ont amené dans 88 camions des personnes de différentes nationalités et d’âge différent, hommes, femmes et enfants. Arrivés dans la forêt de Krempetz, ils étaient débarqués des camions. On leur enlevait tous les effets et objets de valeur et on les fusillait ensuite devant des fosses creusées à l’avance. Ces fusillades en masse dans la forêt de Krempetz furent systématiques durant l’année 1942.

Au printemps 1942, on amena au camp, simultanément 6 000 personnes qui furent fusillées en deux jours.

Il y a eu des jours, déclare Niedzialek, témoin oculaire de ces massacres de la polonaise, où l’on fusillait 200 à 300 personnes et plus.

Le prisonnier de guerre soviétique Kanounnikov a été témoin de l’exécution en juillet 1943 de 40 femmes avec de petits enfants dans le premier camp. De bon matin, les cadavres des fusillés furent transférés au crématoire pour y être incinérés.

Le témoin Krassovkaia a informé la commission de la fusillade en avril 1943 de trois cents femmes amenées de Grèce.

Un canal peu profond et vaseux traverse le camp. On y mène un groupe d’Israélites par une froide journée de décembre ou de janvier. Ils sont complétement nus, femmes et enfants, adultes et vieillards. Les condamnés entrent dans l’eau glacée, ils n’en n’ont que jusqu’à la ceinture. Les S.S., massés sur la rive, les contemplent et les obligent à danser, à faire des sauts et à chanter en chœur. Ils chantent un motif composé spécialement à leur intention.
« Nous sommes des Juifs maudits qui font périr le monde ».
Ainsi les Israélites sautent en chantant longtemps, quelquefois plus de deux heures, tandis que leurs corps s’enfoncent dans la vase. Mais quelquefois le Blockführer varie le spectacle. Avant que les victimes n’aient été englouties, il fait venir une autre escouade d’Israélites pour repêcher et tirer de la vase les moribonds. Les nouveaux venus doivent charger les agonisants sur leurs épaules ; ils pensent avoir sauvé leur coreligionnaires. Ainsi chargés, on les autorise en effet à s’éloigner du canal. Mais au lieu de regagner les baraques, on dirige les caravanes vers un four crématoire. Les vivants doivent sauter dans les flammes en tenant sur leurs épaules les morts et les agonisants. Ce spectacle dure aussi longtemps que le Blockführer et autres S.S. s’en divertissent.

Un troupeau fut mené par nous l’abattoir. Les S.S. disaient que c’étaient des Juifs et des fripouilles et nous incitaient à frapper avec les crosses de fusil. Peu d’entre nous obéirent à cet ordre car même les plus cruels virent que ce troupeau de femmes et de vieillards était inoffensif.

Derrière la caserne, dans la direction de Zutowiecze, se trouvait un grand terrain sablonneux avec des monticules. Ils creusèrent un grand trou en faisant sauter une des pentes de ces monticules et le massacre commença : on groupa les gens par dix, un feldwebel de la S.S. distribuait les peines capitales, il inscrivait ou faisait semblant d’inscrire les noms et leur disait qu’ils avaient mérité la peine de mort pour sabotage.

On fit déshabiller tout le monde, hommes et femmes, puis on les conduisit dans le trou devant le monticule. Deux mitrailleuses lourdes étaient placées devant eux ; quelques rafales et les personnes s’écroulaient. C’était ensuite le tour des autres et, lorsque le terrain, ils posèrent une cartouche de dynamite dans le monticule qu’ils firent sauter ; de la sorte morts et agonisants furent ensevelis.

Puis la boucherie continua, sur ce nouveau tertre jusqu’à ce qu’il n’y eût plus personne.
Je fus placé comme sentinelle sur la limite du terrain ; j’ai encore aujourd’hui dans les oreilles les cris de ces malheureux, de ces jeunes femmes portant leurs enfants sur les bras et de ces jeunes filles pleines de vie qui ont été assassinées par ces brutes enivrées de sang, les yeux hors des orbites, sous l’empire de la vodka qui leur apporta l’oubli de leurs crimes.

Il y a dans ce camp, une salle de quarante pieds sur vingt où on étranglait des hommes.
Le condamné n’avait même pas la chance du nœud coulant qui lui aurait  brisé la nuque. Il était suspendu par un câble métallique et étranglé. S’il vivait encore au bout de vingt minutes, il était assommé à coups de maillet.

Il y avait au-dessous des fours crématoires une grande salle servant de magasin à cadavres, elle pouvait en contenir 500. Elle servait également de salle de pendaison. Il y avait autour de  la salle 52 crochets auxquels on suspendait les victimes. Cette installation était tout à fait primaire et les détenus ne mouraient pas par strangulation mais par asphyxie. Les exécutions étaient faites par deux détenus de droit commun allemands, kapo et chauffeur du four crématoire, avec l’assistance de plusieurs S.S. devant toujours être présents, afin de constater la mort.

Les détenus qui mouraient dans la salle des cadavres du crématoire savaient pourquoi ils mouraient, car leur conduite avait donné un sens à leur vie et à leur mort. Un Français cria : « Vive la France ». Un Anglais cria : « Vive la liberté, vive l’Angleterre immortelle », un Russe s’écria : « Vive la patrie soviétique ».

Enfin, une salle perfectionnée. Les condamnés à mort en question étaient immédiatement conduits vers une petite porte de la clôture de la cour arrière, à un endroit immédiatement adjacent, au coin droit de la façade du bâtiment d’incinération. Cette porte s’ouvrait à l’intérieur jusqu’à ce qu’elle actionne interrupteur de porte (dispositif pour bloquer les portes) qui la maintenait dans une position parallèle au mur du bâtiment, créant de la sorte un corridor d’environ 1m20 de large et 0m90 de hauteur. A l’autre extrémité se trouvait une ouverture de 1m20 x 1m20, à ras du sol, sommet d’un puits en béton de 3m90 de profondeur, et dont le fond était la continuation du sol en béton de la chambre située à l’extrémité du sous-sol, côté façade. Les prisonniers condamnés étaient pressés dans le puits et s’écrasaient à quatre mètres de profondeur sur le sol en béton de la cave. Cette chambre était la chambre de strangulation. Comme ils atteignaient le sol après la chute, ils étaient garrotés avec un nœud coulant court à double extrémité par les gardes S.S., puis ils étaient pendus à des crochets le long du mur voisin, à environ 1m95 au-dessus du sol.

Le nombre des crochets était de 45. Quand une fournée de prisonniers avait été entièrement pendue, quiconque essayait encore de se débattre était assommé avec un maillet de bois (le maillet et le nœud coulant sont détenus par le commandant de l’hôpital). Les corps restaient sur les crochets jusqu’à ce que l’équipe d’incinération vint les chercher. Un ascenseur électrique, d’une capacité évaluée à 18 corps, s’élevait vers la chambre d’incinération qui se trouvait située directement au-dessus de la chambre de strangulation. Le contingent journalier de 200 cadavres étaient fourni par les 120 prisonniers qui mouraient à l’hôpital, au bâtiment d’expériences médicales, au « Petit camp » et pas les 60 à 80 cadavres fournis par la chambre de strangulation.

La potence était devenue pour nous ne perspective familière, tant elle fonctionnait souvent. On était pendu pour une parole imprudente, pour une négligence au travail que l’on faisait passer pour un acte de sabotage ou le fait de s’être réunis à plusieurs (ce qui était qualifié de conspiration), pour avoir pris un pain dans le magasin général etc.

La séance de pendaison prenait figure de fête chez les S.S.
Le condamné était pendu devant les S.S., le maire du village, la gendarmerie et tous les camarades du kommando, tenus en respect par les S.S. armés de mitraillettes.

On entendait la musique du camp célébrer la gloire du Reich quand le dernier supplicié d’une série de 30 fut mis à mort.

Au tunnel, on donnait à la séance une note spectaculaire spéciale : 20 condamnés étaient attachés par le cou à une machine élévatrice ; une pression sur le bouton et les 20 suppliciés s’élevaient ensemble, au-dessus du sol, sous les yeux de tous les travailleurs du tunnel, rassemblés. Aussitôt après, chaque travailleur devait défiler devant ses camarades pendus et ne point détourner les yeux sous peine de recevoir une volée de coups de bâton.

Trois jours avant mon arrivée, des S.S. ont pendu un jeune Polonais par le truchement d’un prisonnier – bourreau allemand – de droit commun. Il a été pendu publiquement. On l’a bousculé et la corde était trop longue, les pieds touchaient terre. Personne n’a bougé pour l’aider. On a repris l’exécution jusqu’à ce que mort s’ensuive.

En représailles pour des événements inconnus, survenus à l’extérieur du camp, on choisit encore des Polonais pour les pendre à la vue de tous. En une seule fois on en pendit 21.

J’ai assisté également à la pendaison de six détenus, tous communistes, (4 Allemands et 2 Polonais) qui résistèrent au moment de la pendaison. Un a frappé avec son pied un nommé K., Rapport-Führer S.S. le plus terrible du camp. Au moment de leur pendaison ils crièrent : « A bas l’Allemagne hitlérienne », Vive la Russie soviétique », « A bas la barbarie des S.S., Vive la Pologne ».

En août 1944 furent livrés au camp des parachutistes anglais. Les méthodes étant les mêmes, ils furent appelés à l’entrée, gardés au cachot pendant une nuit, et le lendemain menés au four crématoire où ils furent pendus. Les parachutistes étaient de nationalité anglaise, américaine et française. Le « kapo » (l’interné responsable du four crématoire) pourra en donner le chiffre exact.

34 autres aviateurs, Anglais et Canadiens, furent pendus au début de septembre 1944.

Un jour, arrivèrent au camp 37 Anglais et Français appartenant à l’I.S ; ils furent affectés au block 17. On ne les envoya pas au travail. Nous ne savions quel sort leur était réservé jusqu’au jour où ils en appelèrent 16 aux portes ; ils ne revinrent pas et j’appris le soir qu’ils avaient été tous pendus. Je demandai des preuves et mon ami du crématoire m’apporta des carnets de notes, des cahiers et différents papiers leur appartenant. Nous fûmes alors fixés sur le sort qui attendait les autres. J’ai essayé de sauver ces 21 hommes mais dans un camp de concentration la chose n’était pas facile après avoir pris conseil de mon camarade J.R., d’Amsterdam, nous décidâmes de nous procurer un uniforme S.S. et de les conduire hors du camp comme s’ils étaient libérés.

J’avais déjà les feuilles vertes permettant la sortie et il ne me manquait plus qu’un cachet de la section politique qu’un camarade devait apposer. J.R. avait pu se procurer un uniforme S.S. Malheureusement, un soir nous apprîmes que 17 de ces détenus étaient convoqués aux portes pour le lendemain à 6 heures du matin. Il ne nous restait plus qu’à préparer à la mort ces courageux garçons, ce qui fut fait par J.R. et B. et pour les secours spirituels, par le prêtre français S. Ils furent tous fusillés et, avant de mourir, saluèrent leur patrie et la liberté.

Il restait encore quatre détenus de ce groupe à sauver dont deux Anglais et deux Français. Tous les quatre reçurent une légère inoculation de typhus exanthématique et furent immédiatement admis à la station typhus du block 46.

Au bout d’une semaine moururent, dans ce block 46, quatre Français qui avaient servi de cobayes. Nous avons fait l’échange des noms et des numéros matricules, affectant aux membres de l’I.S., les  car je n' des quatre Français morts. Quant à moi, ma tâche fut de passer les corps à la crémation la plus proche sans attendre que la déclaration de mort soit présentée au médecin S.S. car je n’avais pas le droit de livrer les corps à la crémation que contre attestation spéciale de ce médecin. Tout se passa très bien et les quatre derniers détenus furent sauvés.

Dans la prison il y avait tous les jours des pendaisons. 7 potences y étaient installées, elles fonctionnaient totalement ou partiellement, à peu près quotidiennement. On venait chercher les gens, par exemple dans un kommando, on les pendait, les arrachant du travail pour les faire mourir. On ne donnait jamais aucune raison à ces exécutions qui se faisaient en catimini et qu’on dissimulait presque. Je vous donnerai l’exemple d’un charpentier qu’on vint chercher en plein travail, en août 1944, et qui fut pendu avec 36 autres détenus. Vers la fin de mon séjour, vers le mois de février 1945, il y eut la pendaison de 60 Hollandais amenés récemment de Hollande et ayant fait partie de la Résistance. On ne connaissait rien exactement de leur cas. J’étais à ce moment employé comme infirmier et j’ai été amené à dépendre sept de ces Hollandais. On les emmenait par série de sept toutes les vingt minutes. Lorsqu’on avait constaté la mort, on exécutait une nouvelle série.

Un de mes camarades qui avait été en prison m’a dit que de son cachot il entendait pendre tous les jours.
Les pendaisons étaient faites au début par le chef détenu du camp dont je n’ai pas connu le nom. Ce Lagerâltester (détenu politique) a été remplacé dans le cours de l’hiver (car il fut transformé en S.S.) par un autre Lagerâltester qui fut plus discret. Il s’arrangea pour trouver trois Blocckältester qui devinrent exécuteurs volontaires.

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Toute cette tuerie était organisée administrativement par un règlement minutieux dont les archives saisies ont révélé tous les détails. Tous les résultats de ces procédés étaient méthodiquement comptabilisés. Ils faisaient l’objet de compte rendus périodiques à l’autorité supérieure.

Le commandant du camp envoyait en effet toutes les semaines, à ses supérieurs, des imprimés dont on a retrouvé le modèle, un état numérique des morts de la semaine, classés en cinq catégories : les morts de maladie, les fusillés, les pendus par exécution, les pendus par suicide (avec la corde prêtée à cet effet), les suicidés.

La liste des prisonniers du camp assassinés était complétée sans cesse par des prisonniers de guerre soviétiques ; par différents groupes de population, amenés des pays occupés d’Europe ;par des groupes de populations capturés par la Gestapo dans les rues, les gares, à domicile, pendant les rafles et les perquisitions systématiques des hitlériens, opérés en Pologne et dans les autres pays d’Europe ainsi que par les Juifs amenés des ghettos établis par la Gestapo en Pologne et dans les différentes villes d’Europe occidentale.

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Un détenu allemand, nommé K., avait été chargé par les S.S. de faire des piqûres mortelles. En principe, il devait piquer les incurables. En fait, il désignait tous les matins ceux qui ne lui donnaient pas leur colis, les jeunes garçons qui refusaient de se prêter à ses vices, puis d’autres au hasard. Il les désignait à l’appel du matin et les piquait seulement le soir pour qu’ils aient toute la journée à attendre la mort et méditer sur leur sort.

J’ai vu moi-même un chirurgien en chef de l’hôpital Marmottant tué par une piqûre intracardiaque de phénol.

Les adolescents aryens, pour la plupart de jeunes Russes pris comme partisans avec leurs parents en Russie, puis de jeunes Polonais, amenés au camp avec leurs parents, détenus politiques ou partisans, ont été séparés en trois groupes de 50 ou 60 chacun et amenés dans la cour du block 20 où on les fit déshabiller sous prétexte qu’ils devaient passer un examen médical et être douchés. Par deux, ces enfants furent introduits dans le laboratoire de ce block où ils reçurent une injection de phénol intracardiaque.

J’ai vu arriver quatre femmes, dont deux moins étaient anglaises. Les deux autres étaient certainement françaises. Les S.S. les ont descendues au Bunker et, dans la nuit, les ont assassinées par piqûres, après les avoir déshabillées.

C’est de cette façon aussi qu’on se débarrassait des bouches inutiles.

J’ai vu une camarade, Mme Block, Belge, habitant Ostende se dérouler la scène suivante : le docteur S.S., R. demanda devant nous à Melle Betty, jeune journaliste belge de 21 ans, la raison de sa présence au camp ; elle répondit que c’était grâce à elle que plusieurs boches étaient morts. Alors R. lui dit d’aller à l’infirmerie et, devant nous, a dit aux infirmières présentes : « a supprimer ». Dans la journée, Betty reçu un médicament, un liquide marron à boire, après quoi elle mourut quelques heures après.

11 hommes avaient été amenés au cours des dernières semaines dans le bâtiment des cellules où ils attendaient leur exécution.

Je les consolais en leur disant que le régime nazi touchait maintenant à sa fin et que les nazis n’auraient pas le temps nécessaire de les tuer. Cela ne se passa pourtant pas ainsi. Le 25 avril, il y eut de gros changements, on les mit deux par deux dans des cellules séparées. En même temps le broc de café avait disparu. Je l’ai cherché et je ne l’ai pas trouvé. J’ai donc pris un autre broc. Mais en arrivant dans la cellule des ouvriers du four crématoire, l’inspectrice N. me mit dans la main le broc manquant en me disant de leur porter le café. Sur le moment je ne me doutais de rien et versai le café aux prisonniers, puis, brusquement je compris que le café pouvait être empoisonné. L’inspectrice me fit appeler, me prit  le broc des mains et versa elle-même le café aux prisonniers.

A 10 heures on va chercher les cadavres, il nous fallut disparaître. Tout était étrangement calme. Nous ne savions rien et nous recommençâmes à travailler. A midi le soldat S.S.T. voulut aider à distribuer le repas. Il se fit attendre, puis vint me chercher pour porter la gamelle. Il alla directement à la cellule 47 où étaient ces hommes et me dit : « servez-les ». Je compris clairement que les hommes avaient remarqué le matin que le café était empoisonné, n’avaient rien bu et qu’il y avait encore du poison dans le déjeuner. J’ai donc refusé de les servir. T. me regarda consterné et plein de colère. Il me demanda ce que je savais. Je m’en allai, lui aussi. Il revint plus tard et les servit lui-même.

Deux hommes n’avaient rien remarqué et avaient mangé ; le soir, ils étaient morts. Le soir, c’est moi aussi qui ai distribué la nourriture. Je regardai dans la cellule 47 et demandai s’ils voulaient manger. Ils ont tous répondu : « oui », si c’était moi qui les servais. Ils étaient très excités, et affirmaient qu’on allait quand même les exécuter. J’étais moi-même fort irritée et les ait tranquillisés en leur disant que la fin des nazis était déjà arrivée et que je porterai témoignage pour eux. Je regrette de ne pas m’être fait donner les noms de ces 11 hommes ; c’étaient des Polonais et des Allemands, d’après la façon dont ils parlaient.

Le lendemain matin nous apprîmes ce que nous craignions : la cellule était vide, tous étaient partis. Seules des traces restaient, prouvant qu’ils avaient été battus. Il y avait un marteau sur la table, une tache de sang qu’on avait essayé de camoufler avec de la terre noire, de même le hangar était plein de tâches de sang ainsi que les murs. Et tout s’est donc passé comme le craignaient les travailleurs du four crématoire. Ils ont été assassinés afin qu’il n’y ait pas de vivants qui puissent témoigner des atrocités de ces Messieurs.

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Il est exact que les détenus tatoués aient été assassinés et leur peau tannée. J’en ai vu 200 prêtes à partir au moment de notre libération. Pour conserver la fraîcheur du tatouage, les hommes étaient dépouillés immédiatement après leur exécution, alors que les corps n’étaient pas refroidis.

C’est la femme de l’un des officiers qui lança cette mode : tout prisonnier tatoué lui était amené ; si elle trouvait le tatouage à son goût, le prisonnier était tué et écorché. La peau était alors tannée et transformée en « souvenirs » (abat-jour pour lampes, tableaux muraux, couvertures de livres, etc.). Evidemment, 40 exemples de ces produits artistiques furent trouvés par le 1er lieutenant F. Emmos. Et nous-mêmes en avons vu six exemples à l’état-major du camp, dont un abat-jour de lampe.

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Au cours de la période de mai 1941 à février 1943, le camp a été garni trois fois, à raison de 8 000 hommes ; pendant cette même période 21 000 sont mort ou ont été assassinés.

En janvier 1943, le nombre journalier des morts s’élevait, en moyenne à 100.

41 400 Juifs hollandais furent livrés au camp, puis transportés à Gusen, près de Mauthausen, où ils furent liquidés jusqu’au dernier.

Un certain nombre de prêtres furent enterrés vivants jusqu’au cour, tandis que les S.S. leur fracassaient le crâne avec des pierres, passant sur leurs têtes de lourdes brouettes et obligeant, sous peine de mort, les détenus, à imiter leur exemple.

La mortalité des camps, en février et mars 1943, était d’environ 500 à 600 hommes par jour sur 10 000 à 12 000 déportés. Un jour où il n’y eut que 12 morts, un S.S. fait cette remarque : « si peu » ! On ne compte pas dans la proportion les « gazages » de gens qui étaient numérotés au camp à cet effet.

Je ne voudrais pas passer sous silence cette journée sinistre que rien ne pourra effacer de ma mémoire. Pendant les quatre jours qui précèdent cette date, tous les Juifs du camp de concentration furent employés, jour et nuit à creuser des tranchées près du four crématoire, soi-disant pour une batterie de D.C.A. Malheureusement, ces tranchées allaient devenir leur tombeau.

Ce jour-là, les postes de surveillance étaient triplés ; le Feld V, ainsi que l’infirmerie, furent évacués. Tous les Juifs, hommes, femmes et enfants, ainsi que les demi-Juifs, furent conduits au Feld V, entre deux rangées de policiers. J’étais à cette date près du Feld V et ils étaient tous obligés de défiler devant nous. Il en défilait toute la journée, au pas de gymnastique. Ceux qui ne pouvaient suivre étaient abattus sur-le-champ par des policiers. On emmenait les Juifs de partout, de la prison de Lublin, de Pulawn, de Cholm, de Zamese, etc.

Arrivés dans le Feld V, les  malheureux Juifs étaient obligés de se déshabiller, puis ils furent dirigés sur les tranchées. On les fit coucher les uns à côté des autres dans les tranchées. Puis le Sicherheitsdienst (S.D.) et la Gestapo les abattaient avec leurs pistolets automatiques. On en fit coucher d’autres sur les morts et ainsi de suite, jusqu’à ce que la tranchée soit pleine. On fit de même dans une autre tranchée pleine. Pour couvrir les détonations des armes automatiques, de puissants haut-parleurs diffusaient des airs de musique assourdissants. Dix-huit mille (18 000) Juifs trouvèrent la mort ce jour-là.

Les Allemands ont appelé cette fusillade « Sonderbehandlung (mesure spéciale). Et c’est sous ce titre qu’un compte rendu a été expédié à Berlin. Dans ce compte rendu, il était dit textuellement : « La différence entre le nombre des internés du matin et celui du soir est due à l’extermination spéciale de 18 000 personnes.

A suivre - Réactions internes
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