mercredi 29 décembre 2010

O Lungo Drom –Le Long chemin-



Venus du Nord de l’Inde tout au long d’une migration très longue, ceux que l’on appelle aujourd’hui Rrom, sont présents dans toute l’Europe depuis au moins six (6) siècles, si ce n’est plus. Mais une constante est la notre depuis le début et que nous y sommes : méfiance, rejet et même, ce qui est plus grave PERSECUTIONS. Il n’y a, comme le dit si bien Alexandre ROMANES « pas beaucoup de gens qui se trouvent moins bien qu’un gitan ».

Nous sommes désignés sous diverses appellations selon l’époque et la provenance à laquelle on veut bien nous rattacher : Bohémiens, Egyptiens, Romanichels, Manouches, Gitans, Tziganes, Rrom. Cette pluralité d’appellation est déjà un signe de notre éparpillement et de notre diversité multi culturelle. Cette difficulté à nous identifier précisément n’a jamais été un obstacle pour nous désigner comme bouc émissaires responsables de la majorité des maux surgissant dans vos sociétés. La répression féroce exercée à notre encontre et toute aussi ancienne que variée allant de l’esclavage à l’extermination, en passant par toutes les sortes d’humiliation : incarcérations, bannissement, stérilisations eugéniques, l’arrachement des enfants à nos familles, l’assimilation forcée et nous en passons.

Quelques rappels de dates : en 1682, Louis XIV ordonne la condamnation aux galères de tous les hommes bohémiens sans procès et à perpétuité et ordonne également que leurs femmes voient leurs cranes rasés ainsi que la séparation d’avec leurs enfants, lesquels seront tous expédiés dans les hospices : que d’éclipses dans la grandeur du roi Soleil au cours de son règne.

Au siècle dit des lumière, les philosophes n’ont pas été d’avantage brillant sur la question des bohémiens, définis dans un article de l’ »Encyclopédie » comme une espèce déguisée, de manants et vagabonds sous des habits grossiers, mystificateurs et voleurs.

En 1802, plusieurs centaines de bohémiens au Pays Basque sont emprisonnés dans le but de déportation en Louisiane. Le projet ne voit pas le jour mais la mise à l’index continue. Des tentatives de sédentarisations forcées sont faites au XIXème siècle, qui toutes échouent. Autant essayer de sédentariser des caribous, des baleines etc.. Dans l’univers bourlingueur pourquoi ne bourlinguerions-nous pas demandait « Alexandre ROMANES lors d’un entretien téléphonique.

Au XXème siècle la science vient au secours des politiques de répression des gens du voyage, appellation administrative de nos populations afin de nous différencier des autochtones L’eugénisme et le souci de « protection de la race » préparent le terrain à leur internement dans les camps de concentration dès 1940, puis à leur déportation massive vers les camps d’extermination à partir de 1942. Il est à noter que c’est au moins 750 000 voire UN MILLION selon certains, le nombre de Rrom d’Europe morts sous le nazisme.

Aujourd’hui, si la méthode n’est pas comparable la résultante a les mêmes effets pervers (il faut se débarrasser de ces éternels indésirables par leurs expulsions massives) sans savoir si dans leur pays de naissance d’autres méthodes plus radicales ne s’opèreront pas. Et pour se masquer la face on attribut des millions d’euros aux gouvernements concernés sachant pertinemment que ce n’est pas de cet argent dont les Rrom ont besoin, qui soit dit en passant n’en verront jamais la couleur car fait unique les Rrom ne rêvent pas d’une patrie comme le souligne dans « l’Odyssée des Tziganes » Isabel FONSECA.

La nostalgie qui nous anime est insolite, c’est une nostalgie de nulle part et partout, un constant désir d’ailleurs et partout et de mouvement « O Lungo Drom –Le Long chemin-«

L’angélisme à notre sujet n’est pas de mise pas plus que la victimisation, nous sommes et voulons rester un peuple à part, sans confusion avec le monde « Gadjos » (non gitans) car notre volonté est de préserver nos us et coutumes ancestrales.

Ce qui implique pour nous des règles internes rigides. Certaines que ne peuvent respecter les gadjos même au sein d’un groupe comme cela se fait dans nos communautés et si cela gêne quelque un(e)s qui se veulent ou se disent Rrom, leur refus de ces notions démontre qu’ils (elles) n’ont aucune attache ancestrale avec nos populations. Le fait d’avoir perdu la possibilité d’exercer nos métiers traditionnels, compatibles avec notre mode de vie librement consenti nous a contraint à avoir recours à l’assistanat social, ce qui parfois pose problème.

Mais la stigmatisation totale de nos communautés et notre renvoi massif hors du territoire français ne sont et ne seront jamais une solution adaptée sauf peut-être si les sommes entre (200 et 250) millions d’euros dépensées pour ces expulsions étaient investies dans des projets plus judicieux nous concernant.

Et alors peut-être nous disons bien peut-être les Rrom et gadgés pourraient faire un bout de chemin ensembles et alors là la méconnaissance tombant, la notion de racisme serait alors plus qu’un mauvais souvenir, tout au moins en grande partie
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