dimanche 9 juin 2013

Camps de concentration -Sélection à l'arrivée




SÉLECTION A L’ARRIVEE

J’étais très inquiet au sujet de ma mère déportée avec nous séparée de moi dès l’arrivée. A ce moment, je ne savais pas encore de quoi il s’agissait et demandais à un travailleur interné au camp d’Auschwitz : « Qu’est-ce qu’elle va devenir, ma mère ? » - « Ta mère, tu ne la reverras plus ».

Une de mes camarades qui était partie avec ma mère et sa fille qu’elle portait dans ses bras, en descendant du train a voulu rattacher sa jarretelle. Elle confia donc l’enfant à sa mère pour quelques minutes. Le temps de rattacher sa jarretelle, sa mère et sa fille avaient été entraînées loi d’elle. Elle voulut les rejoindre mais reçut de la gardienne un tel coup de bâton qu’elle perdit connaissance et ne se réveilla qu’au camp où elle apprit le sort de sa mère et son enfant.

Désormais, seuls entreront au camp les hommes de 15 à 50 ans, les femmes de 15 à 40 ans, à condition qu’ils soient robustes et en bonne santé et pour les femmes qu’elles ne soient pas accompagnées d’enfants.

Le soir, au passage à niveau, nous avons croisé un convoi de vieillards et d’enfants qui fut le premier à être conduit directement à la chambre à gaz. Ceci se passait au début d’août 1942.

A l’arrivée de chaque convoi, une sélection séparait ceux qui étaient « aptes au travail », c’est-à-dire jugés assez robustes pour supporter quelque temps le travail épuisant, les privations et les mauvais traitements.

On faisait deux colonnes sur les indications d’un S.S. qui désignait du doigt la droite et la gauche.

Dans la première colonne se trouvaient :
-       Les enfants des deux sexes au-dessous de 15 ans,
-       Les hommes au-dessus de 50 ans,
-       Les femmes au-dessus de 41 ans,
-       Les femmes de tous âges si elles sont accompagnées d’un enfant,
-       Les individus malades ou hors d’état de travailler.

Les femmes enceintes ne rentraient pas non plus dans le camp.

Et tandis que ceux de la deuxième colonne, les « sélectionnés », prenaient la direction du camp, les vieillards, les femmes, les enfants et les malades montaient dans les camions qui devaient les mener aux chambres à gaz.

Souvent les S.S. demandaient aux femmes laquelle d’entre elles était fatigué, malade. Si par malheur l’une d’elles se trouvait fatiguée, elle montait dans le camion qui allait directement à la chambre à gaz.

Ils disaient à ceux qui ne pouvaient pas marcher à pied : « Ne craignez rien, vous aurez des voitures ».

Un S.S., docteur chef du camp, avait l’hypocrisie de s’adresser à l’arrivée des convois, aux femmes et aux enfants, dans ces termes :
« Madame, prenez garde, votre enfant va prendre froid ».
« Madame, vous êtes souffrante et fatiguée d’un aussi long voyage, confiez votre enfant à cette dame. Vous le retrouverez tout à l’heure à la garderie d’enfants ».

En règle générale, les enfants juifs ont été gazés à leur arrivée au camp.

On peut dire qu’il n’y avait pas d’enfants dans le camp d’Auschwitz, par exemple. Ils étaient exterminés à l’arrivée.

En 1944, la voie ferrée avait été prolongée jusqu’aux chambres à gaz. Le tri était fait dans le train et lorsque celui-ci arrivait, on faisait descendre les gens soit au camp soit aux chambres à gaz.

En arrivant au camp, nous descendîmes comme nous pûmes du wagon de marchandises pour découvrir que la gare était entourée de Lithuaniens en uniforme de S.S., tous armés de pistolets automatiques. On ferma immédiatement les wagons contenant les enfants et les vieillards et le train reparti.

Il ne rentrait dans le camp qu’une petite minorité.

Sur un convoi, ¾ sont gazés et le reste part au travail ou dans les  blocks d’extermination.

Pour un convoi de 1 200, par exemple, il n’entre guère au camp que 200 à 250 personnes, celles dont la mort est simplement différée.

La proportion des « survivants provisoires » variera suivant les convois, entre 15 et 20%.

Partis de France à 1 300, nous fûmes sélectionnés dès l’arrivée et seulement 291 entrèrent au camp ; tous les autres furent gazés.

Vers le 15 avril, un convoi de Slovaques, composé environ de 2 000 personnes (800 hommes environ, le reste femmes et enfants) arrive au camp. Après un triage, 90% du convoi furent dirigés vers une petite maisonnette blanche située en dehors du camp qui servit au début de chambre à gaz et où ils furent gazés.

On peut dire qu’il entrait en moyenne 100 à 150 personnes dans le camp ; le reste était directement dirigé sur la chambre à gaz.

C’est ainsi qu’ont disparu des millions de  personnes ; prisonniers, politiques, Juifs, communistes, ainsi que des Russes, prisonniers de guerre.

Les chambres à gaz travaillent presque continuellement.

Depuis 1942, tous les Juifs amenés au camp passent directement aux chambres à gaz. Une grande partie des prisonniers de guerre espagnols retirés des stalags a subi le même sort. En moins d’un an, 11 000 d’entre eux ont été exterminés.

Parmi les 4 000 Français qui sont passés à Sachsenhausen, très peu ont pu rester au camp ; beaucoup considérés comme terroristes, ont été exécutés avant d’être immatriculés.

Un jour de septembre, nous voyons partir pour la mort 5 000 hommes et 3 000 femmes. Un fort contingent de Tchèques et d’Autrichiens, évacués des divers camps de Pologne : Lodz, Radom et Theresienstadt sont liquidés par les Allemands. Sur les 75 000 qui sortent de ce dernier camp, 60 000 sont passés par les gaz.

Les prisonniers de guerre russes, arrivés au cap après 1943, étaient transportés la nuit dans une auto de couleur jaune dans laquelle ils étaient gazés directement.

En 1943, un convoi de Juifs de Grèce est arrivé à Birkenau. J’ai revu mes deux frères que je n’avais pas vus depuis quinze ans dans ce camp. Ils m’ont donné des nouvelles de ma mère qui a été exterminée ainsi que tous mes parents.

Sur 1 500 Juifs grecs, au camp de Jaworjno, quand le camp a été évacué, le 17 janvier 1945, il en restait une cinquantaine.

Arrivent 60 000 Juifs de Salonique, dont 200 à peine survivront.

En 1943, c’est d’ailleurs la Grèce qui a fourni le plus de victimes juives.

Très souvent, des convois entiers étaient détruits aussitôt arrivés.

Après l’attentat contre le bourreau de la Gestapo, Heydrich, à Prague, des milliers de Tchèques ont été emmenés et aussitôt mis à mort. A la fin de la même année, au mois de novembre ou décembre, plusieurs milliers de femmes et d’enfants de partisans yougoslaves, d’origine monténégrine, ont été amenés au camp. Dès leur arrivée, ils ont été massacrés, dans les chambres à gaz comme « inutiles pour les nazis ».

En mars 1944, c’est encore le tour de 10 000 Tchèques de subir en deux lots l’exécution en masse.

En mai 1944, à notre connaissance, c’est le moment où le sinistre courbe que nous venons de suivre atteint son point culminant : des convois amenant les wagons (48 à 60 par train) chargés à plein.

En longues files, les condamnés encombrent à longueur de journée les abords des chambres à gaz.

Je voyais à la rampe du quai d’embarquement, situé à environ 50 mètres de moi, la sélection faite parfois par le docteur, parfois par son chauffeur. Ils envoyaient des enfants, des femmes, des hommes qui entraient dans le crématoire et qu’on ne voyait plus sortir. Ces jours-là le crématoire brûlait jour et nuit et l’odeur de la chair brûlée se répandait partout.

En six semaines ils brûlèrent 520 000 hommes, femmes et enfants.

Pendant le mois de juillet 1944, 40 000 femmes, hommes et enfant étaient dirigés tous les jours sur les chambres à gaz.

D’ailleurs ce camp avait pour but essentiel d’exterminer la plus grande quantité possible d’hommes ; ne portait-il pas le nom de « Vernichtungslager », c’est-à-àdire « camp de destruction ».

A suivre  - Gazage et crémation
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