dimanche 4 décembre 2011

La fin de l’établi : le livre est fermé






Mon père, né dans une caravane, dans laquelle il vécut ses premières années, vivait à sa façon.

Nous avons déménagé plus de cinquante fois dans toute la France. Non, nous ne vivions pas en caravane mon père achetait les maisons avec les meubles avec.

Il aimait bouger alors tous les cinq ans maximum, il vendait le tout et nous repartions. Nous ne gardions que quelques affaires et nos effets personnels. Mais quelque chose que mon père a toujours gardé c’est son établi de menuisier qui était très vétuste.








La première des choses quand nous visitions une maison, mon père se souciait s’il y aurait la place pour installer son établi. Il aimait avoir son endroit où il bricolait. Il savait faire les clefs, refaisait nos talons de chaussures, mais il avait un talent particulier pour travailler le bois. Il passait des heures à faire de merveilleux objets avec quelques morceaux de bois récupérés.

Après son décès, il y a maintenant quatorze ans, mon fils a souhaité conserver l’établi et les outils. Comme il habite en appartement il a demandé à son beau père de lui garder. Jusqu’à aujourd’hui ses outils et son établi était là. Les beaux-parents de mon fils déménagent et où ils vont il n’y a pas de place. Mon petit fils, Mikaël a décidé de brûler le dit établi.

Ce soir j’ai l’impression que tout est vraiment fini et que papa est parti définitivement. Cette antiquité était pour lui précieuse. Il est vrai que nos anciens brûlaient la caravane de ceux qui mouraient.

Cet établi qui est parti en fumée aujourd’hui c’est comme si nous avions réduit en cendres cette chose que mon père a traîné avec lui dans tous ses déménagements : une page est tournée avec le mot FIN.
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