mardi 11 octobre 2011

Tsiganes – Le chant des Roma…..- (3)



-3- Des Vallées de l’Indus aux contreforts du Caucase

Poussés par l’envahisseur, les Indiens de ces régions s’engagent sur une route sans fin. Franchissant la haute vallée de l’Indus et les Himalayas , ils suivent la Route de la Soie vers les rives sud de la Mer Caspienne, le long de la côte ouest jusqu’au pied du Caucase, et, traversant l’Arménie, atteignent l’Empire Byzantin, qui englobe la Grèce et la Turquie actuelles.

Cet itinéraire n’est pas une certitude, mais c’est le plus vraisemblable, car il a été analysé à partir de mots persans, arméniens et grecs utilisés dans la soixantaine de dialectes roma. On retrouve d’ailleurs une référence à la présence des Tsiganes dans ces contrées, la plus ancienne qu’on connaisse, dans une vie de Saint Georges écrite en 1068 en Grèce, au monastère d’Iberon, sur le Mont Athos, et qui relate des évènements survenues à Constantinople en 1050.

Cette année là, face à des animaux sauvages qui dévastent un parc impérial, l’empereur Constantin Monomachus appelle à l’aide un « peuple Samaritain, descendant de Simon le Magicien, qu’on appelait Adsincani et qui était réputé pour la divination et la sorcellerie », lequel élimine les prédateurs avec des morceaux de viande ensorcelés. Adsincani ressemble étrangement au mot byzantin Atzinganoi, qui se reflète dans plusieurs langues modernes : l’allemand Zigeuner, le français tsiganes, l’italien Zingari, le hongrois Cziganyok.

Après un assez long séjour en Perse –l’Iran actuel-, les Tsiganes poursuivent leur migration. Tandis que certains se dirigent vers le nord-ouest par l’Arménie et les contreforts du Caucase, d’autres vont vers le sud-ouest jusqu’en Egypte. On les retrouve aussi dans une contrée comparable au delta du Nil, peut-être l’Egypte Mineur, nommée « Petite Egypte », ce qui va entraîner plus tard les appellations d’Egyptiens de France, Egyptanos puis Gitanos en Espagne, Egypsies puis Gypsies en Angleterre.

Aux 14è et 15è siècles, il y a des Tsiganes en Trace, en Macédoine, en Grèce, en Yougoslavie et en Roumanie, mais ils semblent préférer les territoires Vénitiens de la Crète ou de Corfou, peut-être parce qu’ils sont relativement à l’abri des constantes incursions turques. A Corfou, la population augment même suffisamment pour constituer un fief indépendant qui, conféré au baron Michaël de Hugo, existera jusqu’au 19è siècle.

La nature improvisée de leurs voyages à travers l’Europe occidentale se modifie. Jusque là discrets et peu organisés, ils vont désormais se déplacer de façon préméditée et réfléchie, ne cherchant pas à se cacher et demandant subsides et lettres de créances en tant que pèlerins. Établissant une chaîne de solidarité, les différents groupes de Tsiganes s’emploient à communiquer entre eux et démontrent une relative unité d’action, racontant les mêmes récits et arborant des documents de soutien –lettres papales et autres – tous comparables.

Le schéma habituel est celui d’une communauté affirmant venir d’Egypte, ou de la Petite Egypte, et déclarant aux autorités locales être un groupement de Chrétiens en pénitence pour l’expiation de leurs fautes. Demandant des vivres, un peut d’argent et des lettres d’introduction, ils partent ensuite jusqu’à la prochaine ville, où se reproduit la même scène.

C’est ainsi qu’en 1418 plusieurs milliers d’entre eux arrivent à Strasbourg sous la direction d’un certain Comte Michaël, du côte de Rebertswiller et Berenthal, vers le fameux Rocher des Tsiganes, et s’installent rapidement un peu partout en Alsace. Pendant l’été 1419, des tribus apparaissent sur le territoire français à Châtillon-sur-Chalaronne, dans la Bresse, à Mâcon, à Sisteron, et en 1427, à la Chapelle Saint-Denis, aux portes de Paris.

On a vu entre-temps des Tsiganes parcourir les routes d’Italie avec l’espoir d’obtenir du Pape des lettres de protection, d’une portée universelle, dont ils pourraient se prévaloir dans tout le monde chrétien. D’autres sont signalés dans des villes allemandes, à Bruxelles, aux Pays-Bas et ils se répandent dans toute l’Espagne. Avec ces groupes placés sous le commandement de chefs portant de nobles noms et de brillants titres, les premiers orchestres tsiganes commencent à apparaître en Europe occidentale.
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