mardi 26 octobre 2010

Histoire et Vie des Gens du Voyage (suite)




L’holocauste
L’histoire de ces populations du voyage est marquée nécessairement par l’holocauste nazi responsable de l’assassinat de plus d’un demi-million des nôtres et même si la situation actuelle n’est pas comparable, les mêmes effets pervers ont ces relents nauséabonds de racisme.

Tout cela étant et malgré qu’ils évitent d’en parler, contenu dans la mémoire collective les Gitans n’oublient pas le génocide (holocauste oublié s’il en est). C’est dans les camps de concentration de RAVENSBRUCK, AUSCHWITCH, BUCHENWALD, MATHAUSEN, etc.… que s’appliqua le programme de l’Allemagne nazi dans lequel figurait l’extermination de la Communauté Gitane. Pour preuve, la police bavaroise était depuis 1889 dotée d’une section spéciale aux « affaires Tziganes » qui recevait inévitablement la copie des décisions de tribunaux chargés de juger les infractions commises par les « Tziganes. En 1929 cette section devint une centrale nationale dont le siège se trouvait à MUNICH et qui décréta qu’il était désormais interdit aux « Tziganes » de se déplacer sans autorisation de la police. Les jeunes âgés de plus de 16 ans qui ne justifiaient pas d’un emploi étaient contraints à deux ans de travail dans un établissement de rééducation.

En 1933, date de l’arrivée d’HITLER au pouvoir, les restrictions deviennent encore plus sévères. Les populations dites « Tziganes » qui ne pouvaient prouver de leur nationalité allemande étaient expulsées, les autres étaient déportées comme « Asociaux ». Le docteur HANS GLOBKE, un des auteurs de la loi de NUREMBERG, s’intéresse à leurs caractères raciaux et déclarait en 1936 : « les Tziganes sont d’un sang étranger ». Ne pouvant nier leur origine aryenne, le professeur HANS F. GUENTHER, les classa dans une autre catégorie à l’écart et dit « Rassengemische » désignant un mélange indéterminé des races.

EVA JUSTIN, assistante du docteur RITTER, de la section des recherches raciales du Ministère de la santé, déclara, en soutenant sa thèse que le sang « Tzigane était très dangereux » pour la pureté de la race allemande, ce qui poussa un soi disant docteur PORTSCHY à établir un mémorandum qu’il adresse à HITLER afin de lui proposer de soumettre aux travaux forcés et à la stérilisation en masse les « Tziganes » afin qu’ils ne puissent corrompre la pureté du sang de la paysannerie allemande.

Une ordonnance prise le 14 décembre 1937 aggrava la situation des « Tziganes » qui sont taxés de « criminels invétérés » et les femmes « Tziganes » sont sacrifiées aux expériences des médecins SS.

HOESS, le commandant du camp d’AUSWITCH raconte dans ses mémoires qu’il y avait parmi les déportés des vieillards presque centenaires, des femmes enceintes et de très nombreux enfants. Quelques survivants rapporteront, comme KULKA et KRAUSS le terrible massacre des « Tziganes » qui fut perpétré dans la nuit du 31 juillet 1944 dans l’usine de la mort.

Le génocide perpétré contre les populations du voyage a été, pour des motifs avouables en partie, le plus souvent pour des raisons inavouées, frappé par la conspiration du silence est pourtant c’est un épisode particulièrement pénible de l’histoire de France récente.

Pour nombre de français comme pour beaucoup d’autres cette terrible leçon fait tache sur le renom de la France, terre d’asile séculaire s’il en est.

Aucune voix française autorisée ne s’est fait entendre pour exprimer aux victimes, aux familles ou même à l’ensemble de la Communauté les regrets sur les crimes auxquels la France fut frauduleusement associée.

Dans tous les pays on espérait certainement la voix de cette France qui aurait pu les libérer d’un cauchemar symbolisé par l’univers concentrationnaire et de persécutions auxquels ils ont été confrontés.

Le premier a souligné le rôle des camps de concentration français a été un certain Joseph WEIL, qui pour autant n’a jamais fait état de 30 000 membres de la Communauté dite « Tzigane » internés en France dans les camps qu’il a révélé.

Mais la plus grande indignité pour la France c’est qu’après l’internement de ces populations suivront les instructions données au préfet et publiées au Journal Officiel du 06 avril 1940 alors que le maréchal PETAIN ne réclamera l’Armistice que le 17 juin. L’état français de l’époque était en avance (sur le REICH conquérant) dans le traitement de la solution finale du problème « Tzigane ».



Si de nombreux camps étaient déjà prêts et tout d’abord ceux réservés aux républicains espagnols d’autres seront rapidement créés à côté des grands camps comme :

PAYS DEPARTEMENT NOMBRE D’INTERNES
BRENS TARN 3 000
BRAM AUDE 3 000
AGDE HERAULT 3 050
RECEBEDOU HAUTE GARONNE 3 000
GURS BASSES PYRENEES 13 000
VERNET ARIEGE 4 500

Sans compter LES MILLES, MIRAMAS, SAINTE MARTHE, CARPIAGNE, SALIERS dans les Bouches du Rhône, SAINT NICOLAS et FREJUS dans le Var, SAINT HYPPOLYTE DU PORT, L’ANGLADE, GARRIGUE dans le Gard, RIVESALTES Pyrénées Orientales, DRANCY, PITHIVIERS etc. Dès 1941 il y aura BOGHARI, COLOM BECHARD, DJELFA, AZEMMOUR, FOUARFA en Afrique du Nord, listage lamentable et très incomplet de cette participation ouverte sans protestation ou indignation tout du moins en ce qui concerne les Gitans car servilité et précipitation administrative ont été les maîtres mots du régime de VICHY.

Mais le martyr ne s’arrêtera pas là. Déjà l’arrivée pour ces populations dans le camp de STRUTHOF (Bas Rhin) était synonyme de mort et d’extermination. Celui-ci à notre connaissance était un des seuls camps de la mort en France et le pire était à venir.

Rien n’a été épargné à ces populations : les stérilisations en masse des femmes « Tziganes » qui constituent à elles seule le pire des génocides lorsque l’on sait que chaque famille se compose d’au moins quatre enfants, le décompte est vite fait, ce seul empêchement de procréation c’est 400 000 à 600 000 enfants que le REICH a tués dans l’œuf avant d’être conçus, car même les fillettes de 5 ou 6 ans subissaient un sort identique (stérilisation).

La grande majorité des femmes « Tziganes » ainsi que leurs enfants furent intégrés dans le processus, beaucoup en moururent, le reste fut déporté à MATHAUSEN et vers la fin de l’été 43 le camp de RAVENSBRUCK comptait encore environ 10 000 prisonnières gitanes, manouches et Rrom.

Combien ont été exécutés pour avoir tenté de s’évader ? Combien ont été battues, pratiquement dévorées par les chiens jetés sur elles par les gardiens, nul ne saura jamais exactement.

Le cynisme dont a fait preuve un certain SCHUREN, accusé d’avoir stérilisé femmes, enfants et jeunes filles, répondit (sic) « non seulement femmes mais aussi hommes et enfants, après tout c’était des « Tziganes ». Cette restriction le justifiait si bien qu’il avouait à son propre chef la stérilisation de petites gitanes jugées par lui comme étant d’une race inférieure. Voilà résumé en quelques mots la réalité.

Environ 2 000 gitans, les plus jeunes ayant à peine 8 ans furent stérilisés par une nouvelle méthode inventée par le professeur SCHUMANN et l’équipe médicale du docteur TREITE, à savoir l’injection dans l’utérus et les trompes d’un liquide stérilisant, jugé plus efficace que les irradiations par les rayons « X ».

Toutes ces sortes de massacres tendaient à l’extermination totale des populations dites »Tziganes ». Les stérilisations, les internements, le passage au chambre à gaz, les expériences dites scientifiques pratiquées sur eux ont fait qu’aujourd’hui, il est certain, que c’est en pourcentage, la Communauté en Europe qui a laissé le plus grand nombre de victimes dans les camps de la mort. Et pourtant, il a fallu attendre plus de 50 ans pour que le gouvernement allemand reconnaisse officiellement ce génocide en élevant une stèle à la mémoire de ces populations du voyage.

Peuple ancien mais prolifique et plein de vitalité, les populations dites « Tziganes » cherchèrent à résister à la mort, mais la puissance mêlée de cruauté de leurs ennemis ont eut, hélas, raison de leur courage. Leur amour pour la musique leur procura un secours certes psychique mais un secours tout de même, malgré le martyr. Devant les baraquements d’AUSWITCH, affamés, couverts de poux, ils se regroupaient pour faire de la musique. Ils encourageaient les enfants à danser. Les plus jeunes tentaient de s’évader. Il a été retrouvé dans les registres de ce camp de la mort, mais certainement aussi dans d’autres, les noms et les dates d’exécutions inscrites au fronton de tous ceux que les bourreaux avaient repris.

Plus d’un demi-siècle est passé depuis ce génocide et ce n’est que le 05 avril 1995 que le gouvernement allemand a fait ériger une stèle aux abords d’un des nombreux camps de la mort (RAVANSBRUCK) en souvenir du massacre perpétré contre cette communauté, parce qu’ils étaient tout simplement GITANS ! (Référence au courrier de l’UNESCO octobre 1984). En France il n’y a toujours pas de reconnaissance de ce génocide.
Cet holocauste volontairement laissé aux oubliettes se doit de resurgir, non pas pour faire pleurer sur notre sort dans les chaumières mais pour que tout un chacun se souvienne que ces Français d’origine gitane subissent toujours, de la part des populations autochtones, le rejet, la marginalisation.

Si l’Allemagne nazie put accomplir radicalement le traitement du problème des populations du voyage sans que s’élève la moindre protestation tant sur son territoire qu’en Europe occupée, le silence des nations libres est difficilement compréhensible. Lorsque l’on connaît le niveau de protestations qui s’éleva dans le monde entier contre l’euthanasie des incurables dont HITLER dut interrompre la réalisation et contre l’extermination des Juifs. Révolte qui était très souvent et heureusement suivie d’actes, d’aides et d’accueil. La constitution de maints réseaux de secours chargés de favoriser la clandestinité s’était constituée : au moins deux Etats ayant perdu leur souveraineté refusèrent de livrer « leurs Juifs ».

Rien de comparable ou d’approchant dans le déroulement de la persécution « Tziganes » seulement quelques « indignations » régionales vite réprimées et quelques tentatives isolées de mains tendues émanant de prêtres ou personnels sanitaires au contact des populations gitanes dans les centres de regroupement.

Pour ces populations qui aujourd’hui dans le monde, peuvent s’interroger sur les raisons de ces différences, elles peuvent paraître évidentes. Les Juifs, depuis des siècles combattus et méprisés ont été intégrés dans la vie des cités et des nations. La Communauté Gitane, Manouche, Rrom, dans sa grande majorité avait refusé toutes modifications, toutes altérations de leur originalité ethnique. Certainement chaque européen connaissait ou côtoyait des familles juives. Qui peut se targuer de dire qu’il connaît un « Tzigane » ou seulement son nom ? Mais cela ne suffit pas comme explication. Les préjugés entretenus par les répressions « officielles » ont abouti à un inquiétant paradoxe : être contre les « Tzigane » c’est être avec la loi. C’est sur ce terrain propice que la « solution finale » parfaitement débroussaillé que le National Socialisme s’est emparé du pouvoir en 1933.

Voilà comment étaient inscrits dans les registres matriculaires des camps de concentration la population « Tzigane » :


Z
Pur Tzigane (Zigeuner)
ZM +, ZM (+) Plus qu’à demi-Tzigane
ZM Demi Tzigane (Zigeunermischlign)
ZM 1er rang Mi Tzigane mi Allemand
ZM 2ème rang Mi ZM mi Allemand
ZM -, ZM (-) Mi ZM mi Allemand
NZ + qu’à moitié Allemand non Allemand
(nicht Zigeuner)

Les préoccupations d’HIMMLER n’étaient en aucun cas la protection des populations dites « Tziganes ». Les fonctionnaires de la Gestapo ou de la police se sont facilement et volontairement perdus dans les classifications établies par RITTER et c’est à la conférence de WANSEE qu’a été donné carte blanche à EICHMANN en vue de l’application de la solution finale du problème juif et tzigane. Selon le calcul d’IAN HANCOK « à la fin de la deuxième guerre mondiale entre 70% et 80% de la population tzigane a été anéantie par les nazis ». CE FUT LE DEBUT DE L’OUBLI VOLONTAIRE.
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