dimanche 12 mai 2013

Camps de concentration -Scène de tous les jours- 1ère partie





SCENE DE TOUS LES JOURS

Il faisait froid. Le S.S. nous a fait venir dans sa baraque (un camarade et moi). Il nous a demandé sir nous avions froid. Nous lui avons répondu affirmativement. Il nous a assuré alors qu’il allait nous réchauffer et il a cogné nos têtes l’une contre l’autre. Il nous a demandé ensuite si nous avions encore froid. Nous lui avons répondu négativement, alors il nous a flanqué à la porte à coups de pied dans le derrière.

Lorsqu’un S.S avait compté le nombre des prisonniers de la cellule, il criait : « Raus waschen ! ». Personne ne savait où aller puisque l’on ne nous avait pas dit où étaient les lavabos. Les premiers sortaient devant la baraque, mais là étaient postés deux S.S. qui nous recevaient à coups de crosse. Il y eut un sérieux cafouillage, les premiers sortis retournaient, tandis que les derniers étaient encore sur leur lancée. (J’ai oublié de dire que tout se faisait au pas de course). Vu que nous ne savions pas où aller, tout le monde se ruait de nouveau dans notre cellule. A peine étions-nous rentrés que d’autres S.S. sortaient tout le monde à coups de pied et de crosse. Notre surveillant Z…. se postait alors au milieu du couloir et tapait avec un bâton de bois sur le torse nu de chaque passant. Par bonheur, nous avons trouvé le lavabo. A peine avions-nous commencé de nous débarbouiller un peu que déjà on nous commandait de sortir. Z… était toujours posté dans le couloir avec son bâton et avec un rire diabolique essayait de taper sur chaque passant. Je me rappelle très bien qu’un Belge, M. L……, âgé de 58 ans et très affaibli par deux ans de prison, avait reçu un coup très violent dont la raie rouge et bleue se voyait encore après plusieurs jours.

Lors de mon arrivée, on était en train de construire des cellules individuelles en brique. Les prisonniers devaient chercher des briques dans la cour d’une usine (Hobus), située environ à 1 kilomètre du camp. Chacun devait porter six briques, ce qui était assez lourd, vu la distance et la faiblesse de la plupart des prisonniers. Arrivés au camp nous devions poser les briques au bout d’une baraque. En faisant le tour de la baraque (mi-chemin avec briques), nous devions courir. Deux gardiens armés d’une latte étaient postés sur le chemin donnant un coup sur chaque passant. Après avoir déposé les briques, nous devions nous remettre en colonne par trois entre les deux baraques. Le malheur voulait que les prisonniers de la baraque n°1 se trouvaient près de la baraque n°2 et vice versa. Lorsque tout le monde était rassemblé, quelqu’un donnait l’ordre de rentrer. Il y avait alors un cafouillage indescriptible. Ceux qui étaient à droite devant rentrer vers la gauche, et ceux de gauche vers la droite. Il y en a qui tombaient par terre, les autres marchaient par-dessus et, comme d’habitude, les gardiens avec les crosses de fusil, avec des bâtons et des lattes, ou alors leurs bottes, tapaient dedans. J’ai pu enfin me dégager : lorsque j’entrais dans le couloir de notre baraque qui n’était pas éclairée, je voyais un nouveau tas d’hommes par terre. Z…… et un autre gardien y avaient déposé deux tabourets, de sorte que les premiers arrivants culbutèrent par-dessus, les suivants tombant sur les premiers. Comme de coutume, Z….. et l’autre gardien s’amusèrent à taper dedans avec un morceau de latte.  Un jeune Polonais de notre cellule arriva le mollet de la jambe gauche à moitié arraché.

On nous fit rentrer dans le couloir des baraques, en colonne par un. Dans chaque couloir il y avait environ 10 gardiens répartis tout le long. On ordonne trois tours en sautillements, mains à la nuque et sur la pointe des pieds. Le couloir avait une longueur de 50 mètres.

Il y avait parmi nous des vieillards (âgés de plus de 60 ans), des infirmes, des hommes amaigris et affaiblis par deux ans de prison et plus. Tout le monde dut sautiller, aucune excuse n’était admise. A peine le sautillement avait commencé que déjà plusieurs ne pouvaient plus le faire correctement. C’est alors que les gardiens se ruèrent sur les malheureux, les frappant avec  des bâtons, des fils électriques enroulés autour de la main, des crosses de fusils, etc. J’ai vu des scènes inimaginables de brutalité. Le jeune Polonais cité plus haut montra sa jambe blessée à l’S.S. Hauptsturmführer K…. Celui-ci le prit à part dans les W.C. Lorsque j’y passais une fois, j’ai vu le jeune Polonais accroupi dans un coin, K…., devant lui, le frappait avec une extrême brutalité à coups de poing et de pied.

Quelques instants après, arriva à nouveau Z…. qui nous fit faire dix tours « de coucher sur les lits et ressortir ». Après quoi, il prit le Français M…..à part et lui fit faire vingt fois « à terre et se relever ». Motif : M…. était moine bénédictin.

Je rentrais avec un S.S., B…., dans une cellule où se trouvait un jeune homme qui était simple d’esprit. Lorsque B… entra dans la cellule, ce jeune homme ne bougea pas de place, B…. entra dans une forte colère, prit le jeune homme par les habits, le plaqua contre les battants du lit et le malmena à coups de pied.

Lors d’une arrivée de nouveaux prisonniers, il y avait parmi eux un jeune Français qui, blessé au cours d’un bombardement, avait perdu la raison. Il voulait faire comprendre qu’il avait été enfermé par erreur et qu’il voulait parler à quelqu’un pour expliquer son cas. B… lui donna tout de suite quelques gifles. Le jeune homme voulait se protéger contre les coups en tenant son bras devant le visage. C’est alors que B…. lui donna coups de poing sur coups de poing, jusqu’à ce que l’autre saigne du nez et de la bouche, de sorte que le sang se répandait sur le plancher. B…..tapait si fort que pendant tout le temps que je restais là (9 semaines), il avait les mains, soit fortement enflées, soit couvertes de pansements.

Lorsque tel autre S.S. passait dans les rues du camp, chaque interné investissait son voisin et tout le monde courait se cacher. C’était un anormal qui tuait les gens suivant son bon plaisir. Ceux qui souffraient le plus de lui étaient les Juifs pour lesquels il avait une haine particulière. Aussitôt qu’il savait qu’il y en avait un grand nombre dans certains endroits, par exemple s’il recevait la liste d’un nouveau Kommando, il s’y dirigeait et en tuait des quantités. De plus, c’était un obsédé sexuel qui assouvissait sa passion sur des jeunes Juives qu’il exécutait aussitôt.

Le S.S. sauta sur moi en hurlant et me frappa de plusieurs coups à la figure, mais je restais immobile devant lui.

-       Honte à vous de battre des hommes sans défense. Il n’y a pas d’héroïsme en face d’un homme sans arme.

H… devint de plus en plus furieux et hurla : -« Moi je suis un Allemand et toi, tu n’es qu’un sale Juif ; tu oses me dire que je dois avoir honte devant toi ».

Plus il hurlait, plus j’élevais la voix. Il vit une planche devant lui, la prit, la jeta sur moi et s’en servit pour me frapper à la tête. Je tombais par terre, ma tête ruisselante de sang.

-       « Honte, honte à vous tous, plus tu me bats, plus grande sera ta honte ».

Je sentais que ma fin approchait, il frappait toujours, rien ne pouvait me sauver. Soudain la planche lui glissa des mains. Il se jeta sur moi continuant à me frapper la tête de ses poings.

Rentré au camp avec beaucoup de peine, je me suis rendu tout de suite au bureau du gauleiter B….., afin de porter plainte contre H…. B… était un de ces rares officiers de Todt qui n’était pas méchant. Me plaignant, il avoua qu’il était impossible d’accepter la plainte et de faire un reproche officiel à H…., car ce dernier avait plus d’influence que lui-même, étant donné son rôle important dans le Parti national-socialiste, tandis que lui, Gauleiter, n’est pas membre du Parti. Alors je fus obligé de me retirer.

Un quart d’heure plus tard, le Lagerführer U…. vint me chercher personnellement et me conduisit dans sa chambre. Je savais d’avance ce qui allait se passer dans quelques instants. Le commandant des gardiens entra également dans la chambre.

U…. commença immédiatement : - « Alors tu as eu l’audace de te plaindre de H…. ? Avant tout, sache qu’une plainte doit être faite exclusivement à moi. Ensuite, tu dois savoir que je ne donne aucune suite à la plainte d’un Juif. Les Juifs ont tellement fait de mal qu’on devrait tous les pendre sans explication. Chaque bout de pain que l’on vous donne, c’est trop, c’est un vol au peuple allemand. Tiens, voilà ma réponse. » Il se jeta sur moi et commença à me frapper à la figure jusqu’à ce que je sois à terre.

Avec beaucoup de peine, je me levais, mais ce fut au tour du commandant des gardiens de s’acharner contre moi. Il m’abattit furieusement de nouveau à coups de poing sur la tête, tout en hurlant : - «  Voilà, salaud, espèce de Juif, sale merde, tu n’offenseras plus un Allemand, tu te souviendras de la journée d’aujourd’hui ».

Pour bien nous initier à la discipline du camp, on nous a réunis le lendemain sur la place (anciens et nouveaux, nous étions une quinzaine de mille) où, en musique, on a pendu deux détenus.

Lorsque certain chef nazi voyait un détenu dans la rue, il tirait dessus pour faire un carton. On ne pouvait rien contre lui, car il était Rapportführer et il justifiait ses actes en prétendant que le détenu s’était enfui, avait résisté, qu’il s’était trouvé en état de légitime défense. Il a tué ainsi des milliers de détenus.

Un détenu allemand vert remplissait ses fonctions de Vorarbeiter dans la mine ; il avait réussi à nouer des relations avec une Allemande dans la mine également. Il écrivait à cette femme et celle-ci lui répondait. Un jour, une lettre est tombée entre les mains de S… Le soir, à l’appel, il fit sortir le Vorarbeiter des rangs et lui dit : -« Ah ! Tu es plein, je vais te faire vider. » Il le fit mettre tout nu, le fit courir autour de la place d’appel en le faisant se masturber sous la menace du revolver, tous les 50 mètres.

Il est arrivé un convoi de Fresnes comprenant des Juifs et des Anglais. Lorsque ce convoi est arrivé, les S.S. ont obligé les Juifs à traverser la piscine qui avait 1m60 de profondeur, complètement habillés. Pour les faire sécher, on leur fit vider les water-closets avec une brouette et une cuillère.

On nous dit à ce moment que si nous manifestions notre réprobation, d’une façon ou d’une autre, les mitrailleurs tireraient immédiatement sur nous.

Pendant ce temps, le chef de camp nous faisait un discours moralisateur, en nous disant que si nous étions dans notre situation actuelle, la faute incombait aux Juifs.

Nous pouvions voir les prisonniers obligés de courir autour d’un bassin en faisant la marche du crapaud, les pieds et les mains liés. Les S.S. battaient les hommes lorsqu’ils n’en pouvaient plus, et lorsqu’ils ne se relevaient pas assez vite.

Le matin, on faisait à peu près quatre heures de cet exercice jusqu’à ce qu’on n’en puisse plus.

Je ne pus l’exécuter, sur quoi je fus battu par un gardien du même âge que moi, c’est-à-dire 63 ans.

Le lendemain je dus faire la marche du crapaud pendant une demi-heure, ensuite le S.S. m’obligea à sauter sur le lit, à passer en-dessous, à sauter sur la table, passer en dessous, passer sous les chaises, monter sur l’armoire ; il fit semblant de me descendre à coups de revolver, m’obligea à faire comme si je prêchais, descendre, puis remonter sur l’armoire, enfin chanter des chants religieux pendant deux heures.

Lorsque je ne pus plus exécuter mes exercices de gymnastique, je reçus des coups de pied et de poing.

Un matin, deux soldats obligèrent deux prisonniers français, malades à la suite des coups qu’ils recevaient journellement, à manger leur excrément, répandu dans leurs vêtements. Ils obligèrent ces deux hommes à passer de long en large dans le réfectoire en disant à leurs camarades prisonniers que « c’était bon ».

Un S.S. ayant ordonné à son chien de mordre un déporté et le chien s’y étant refusé, il le battit à tel point que le chien vomit tout son repas. Ordre fut ensuite donné à l’Israélite de manger les déjections du chien.

J’ai vu à Mauthausen un jeune Espagnol de 16 ans, qui vint vers moi parce qu’il avait peur ; je lui dis de rester. Un Oberführer rentrant dans la chambre, s’approcha de moi et me commanda un travail que je refusais d’exécuter. Il s’apprêtait à me frapper. Le jeune Espagnol, qui était couché sur le châlit, a cru qu’on m’interrogeait pour me demander où il était ; il s’est sauvé et s’est dirigé vers les barbelés électrifiés. Sous le commandement de l’Oberführer, 8 chiens l’ont dévoré vivant sous mes yeux.

A suivre -Scène de tous les jours 2ème partie


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