dimanche 18 décembre 2011

Tsiganes – Le chant des Roma…..- (12)



-12- Bohémiennes au regard de feu

Le plus passionné a été Franz Liszt, à qui les airs du célèbre Jànos Bihari ont inspiré plusieurs rapsodies. En 1859, à la suite de voyages très documentés, il publie un livre, Des Bohémiens et de leur Musique, où il décrit les émotions violentes ressenties face à la virtuosité des instrumentistes et à l’ardente sensualité des danseuses, femmes au regard de eu dans lequel se perdent les cœurs : « Qui peut avoir été à Moscou sans se souvenir de ses prestigieuses Bohémiennes ? Elles s’y font une place dans les archives des premières familles de l’empire, place marquée en rouge et en noir, en plaisirs sans pareils et en perte irréparables. Elles sont devenues la terreur des mères et des tuteurs, et si l’on écoute parler ceux-ci, on les entendra conter, avec effroi et horreur, l’histoire de plus d’un prince qui aura dévoré avec elles, en fêtes et en festins, danses et punchs, joies et délices, tout son patrimoine de millions au bout de quelques étés ».

Accompagnant les danses fiévreuses et les grisants parfums qu’elles exhalent, « les chœurs prennent des intonations plus hautes et gagnent en vibration dans un crescendo qui surprend l’oreille par ses interruptions, ses reprises, ses vigueurs, ses ralentissements et ses explosions inattendues et inaccoutumées dans nos habitudes musicales ». Alors, les danseuses « décrivent des tourbillons, des tournoiements, des rotations, des cercles plus rapides, plus vertigineux les uns que les autres ».

Pour Franz Liszt, nul doute n’est permis quant à leur pouvoir d’envoûtement : « Elles parlent non seulement aux sens mais à l’imagination, loin d’elles, on peut rêver d’elles, car elles se livrent, elles ne se donnent pas ; elles n’ont point abdiqué cette supériorité de mépris et d’indifférence absolue propre à leur race, que l’on peut apparier au désintéressement, et qui stimule l’esprit et enflamme les soupirs de leurs adorateurs ».
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