jeudi 17 mars 2011

Slovaquie: un nombre record de maires Rrom suscite les espoirs


De Tatiana BEDNARIKOVA (AFP) – Il y a 10 heures

KUNOVA TEPLICA — Le maire de la petite commune slovaque de Kunova Teplica (sud-est), Michal Barsony, fait partie de ces élus tziganes qui font rêver la communauté Rrom de pouvoir s'affranchir un jour de son statut de peuple pauvre et marginalisé au sein de l'UE.

M. Barsony a été élu maire aussi grâce aux voix des non-tziganes. "Je veux être un maire pour tous, pas seulement pour les Rrom", assure ce septuagénaire. Son village compte 680 habitants dont 50% de Rrom.

"Il est bien éduqué et respecté par les gens", commente Zuzana, une retraitée non-tzigane de 71 ans.

Vingt-neuf maires tziganes ont été élus lors des municipales de novembre 2010, chiffre en hausse significative comparé aux scrutins précédents: onze Rrom élus maires en 2002 et dix-neuf en 2006.

Au sein de la majorité slovaque "certains doivent encore s'habituer à ce nouveau phénomène", prévient toutefois Miroslav Pollak, en charge des questions relatives à la population rom à l'office du gouvernement.

"En ce moment, il y a 29 maires Rrom, alors que le pays compte plus de 2.900 villes et villages", souligne-t-il.

M. Barsony fait partie des 0,3% seulement des Rrom de Slovaquie ayant obtenu un diplôme universitaire.

Officiellement, 89.000 Rrom vivent dans ce pays de 5,4 millions d'habitants, selon le recensement de 2011. Mais le chiffre réel s'approche de 400.000, selon M. Pollak.

La moitié d'entre eux sont pleinement intégrés dans la société, alors que les autres vivotent dans des villages délabrés dans l'est du pays, souvent sans électricité, eau courante ni évacuation des eaux usées.

Le taux de chômage y avoisine 100% et le niveau de l'éducation demeure particulièrement bas.

Seuls 3% de jeunes Rrom slovaques sont diplômés de l'enseignement secondaire et un pourcentage élevé d'enfants sont scolarisés dans des écoles destinées d'abord aux handicapés mentaux.

Dès que M. Barsony s'engage dans une route non bitumée qui mène vers la partie rom de Kunova Teplica, il se voit entouré d'enfants et d'adultes lui racontant leurs difficultés.

"Cela fait quelque mois qu'il est maire et on voit déjà la différence", s'enthousiasme Maria Tomiova, 41 ans.

"Auparavant, nul ne s'est réellement soucié de nous. Le nouveau maire a fait aussitôt installer ici un containeur à déchets pour que nous puissions nettoyer nos maisons", raconte-t-elle devant sa demeure en briques couverte d'une toiture en bois qui tient à peine.

"Je n'ai pas assez d'argent pour payer la réparation de l'électricité. Le maire a promis de me prêter un peu d'argent pour que je puisse rembourser petit à petit mes dettes", dit Mme Tomiova, qui vit avec son mari de 235 euros d'allocations sociales par mois.

Le chômage, dont le taux dans la région dépasse 27%, constitue la principale préoccupation du maire.

"Si seulement je pouvais convaincre le gouvernement de relancer la production dans la fonderie locale. Des centaines de personnes pourraient y travailler", explique M. Barsony.

"On a des projets basés sur les fonds de l'UE, pour réparer la station d'épuration des eaux usées et améliorer l'état de nos routes. Cela nous aiderait beaucoup", poursuit le maire.

"Ce phénomène est très positif, c'est une preuve que les Rrom peuvent apporter une contribution à la société et combattre les stéréotypes", estime Tim Haughton, maître de conférences à l'Université de Birmingham, spécialisé dans l'Europe centrale et orientale.

Peut-être un exemple à suivre
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