jeudi 21 octobre 2010

Il y a des pays où les gens au creux des lits font des rêves



Je m’appelle Antonio , j’étais anarchiste Espagnol en 1936, j’ai cru au bonheur, à la liberté.
J’ai espéré ne plus devoir attendre aligné mes camarades contre le mur de l’église, « que les propriétaires daignent me choisir pour cueillir les olives ou les amandes dans leurs champs ».

J’ai rêvé d’un monde plus juste, j’ai rêvé de pouvoir donner du pain à mes enfants et puis il y a eu Franco.

Avec tant d’autres j’ai hurlé « NO PASSARAN » ! (ils ne passeront pas)
Je me suis battu, j’ai cru mille fois mourir à Madrid ou ailleurs ….. ils sont passés, je me suis battu encore jusqu’à ce que cela ne fût plus possible, jusqu’au bout de mes forces avec ma vieille pétoire avec mes poings.

Mon père a été fusillé dans la cour de la ferme devant sa femme, devant mes jeunes frères parce qu’il refusait de crier « Vive Franco », ma mère est folle aujourd’hui, folle de douleur, ils sont passés.

Trahi par Staline, vaincu par Franco j’ai traversé les Pyrénées, exténué j’ai rejoint la France et j’attends, j’attends comme un voleur parmi les damnés, les éternels vaincus de l’histoire, j’attends dans la boue, dans le froid, prisonnier au pays des libertés, j’attends de pouvoir un jour retourner au pays.

J’attends de voir ma femme, mes enfants. Que sont-ils devenus ? Et ma mère et mes frères ?

Demain après-midi je m’enfuirai, j’irai les rejoindre, ici ma vie n’a plus de sens et puis il y a cette crasse, l’humidité des baraques en planches, les barbelés, la solitude, le déshonneur.

Malheur au vaincu ! Ici rien n’a plus de sens.

Il doit bien y avoir un pays où les gens au creux des lits font des rêves.

Ecrit lorsqu’il était prisonnier au camp de GURS devenu par la suite un camp d’internement pour les gitans
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