mercredi 28 juillet 2010

Convocation ministérielle concernant les Rrom : non à la marginalisation




Jounal LA PROVENCE DU 28 JUILLET 2010 (extraits)

Ces gens qui voyagent entre intégration et marginalisation

Alors que Nicolas Sarkozy convoque aujourd’hui une réunion ministérielle controversée, comment Roms et gens du voyage vivent leur quotidien? Quel accueil leur réservent les villes?
"Je tremble pour ma communauté."
Véronique Labbe essaie par tous les moyens d’apaiser la colère des gens du voyage et surtout des jeunes qui ont lancé sur Facebook un appel à manifester aujourd’hui, tandis que se tient à Paris la réunion organisée à l’initiative de Nicolas Sarkozy. "Cette rencontre? Une maladresse", estime la présidente de l’association
"Notre Route", qui milite pour une meilleure connaissance des gens du voyage. "La façon dont cela a été présenté ne fait que mettre de l’huile sur le feu.
Notre communauté a été stigmatisée. J’ai peur que le moindre débordement de jeunes qui sont très en colère fournisse au gouvernement un prétexte supplémentaire."
En aucun cas Véronique Labbe ne cautionne la violence et ce qui s’est passé à Saint-Aignan.
"Tout casser ne sert à rien." Mais en même temps, cette ancienne employée à La mairie de Gardanne déplore "le manque criant d’aires de stationnement, causes
de situations anarchiques", et la mise au ban d’une communauté "qui subit un racisme d’une violence inouïe". Il y a d’abord, ou plutôt systématiquement, "un tutoiement
insupportable ", toutes ces idées reçues -"voleurs de poules, d’enfants" - et surtout "une très grande méconnaissance de notre mode de vie", dit-elle.
"C’est vrai, lorsque l’un d’entre nous est malade, nous arrivons en nombre à l’hôpital. Mais le soutien et le partage sont deux valeurs essentielles pour nous. Ce
que l’on sait moins, c’est que 60% des Roms sont sédentarisés. Comment achètent-ils leur caravane? Grâce à un crédit spécial à 28% ou 30% et c’est une dette d’honneur!
Il est question que les itinérants paient une taxe de 72€ par m² habitable. Dans les aires de stationnement, il y a les taxes, l’eau, l’électricité... Et de moins
en moins de gens du voyage vivent des minima sociaux", ajoute Véronique Labbe.
"Depuis la création du statut d’auto-entrepreneur, nous avons installé 22 membres", ajoute le vice-président de l’association, Joël Alias.
Si l’un comme l’autre admettent qu’il y a "comme partout des éléments incontrôlables
et des comportements intolérables", ils dénoncent aussi "les amalgames". Et s’inquiètent d’éventuelles opérations contre des camps sauvages, "une véritable
déclaration de guerre" qui leur rappellent ce qui se fait déjà ailleurs. "En Italie, ils y vont au lance-flammes", affirment-ils.
L’un des combats de l’association vise à faire reconnaître "le génocide perpétré par les nazis. Entre 150 000 et 750000 Roms ont péri dans les camps. Cela permettrait
aux non-Roms de porter un regard sur nous un tant soit peu bienveillant".
Dominique ARNOULT
LE DOSSIER DU JOUR
"Tout débordement
peut servir de prétexte."
VÉRONIQUE LABBE



Tsiganes, Gitans, Gypsies, Sintis...
Ils seraient 12 millions, dispersés dans toute l’Europe.
Mais depuis 1971 et le congrès de l’Union Rom internationale (Uri) à Londres, ils ont leur drapeau, une roue qui symbolise la route, sur fond bleu et vert pour
évoquer le ciel, la liberté et la nature ; un hymne "Djelem Djelem" et une même appellation, "Roma" ou "Roms", qui veut dire, selon les uns, "homme" en Sanskrit, "artiste, artisan", selon les autres. En France, ne sachant comment désigner ces compatriotes itinérants (les premiers à obtenir la nationalité
française ont été naturalisés en 1452), l’administration décida de les regrouper sous le terme de "gens du voyage".

Leur point commun?
Des origines indiennes, exactement la moyenne vallée du Gange, d’où ils seraient partis il y a plus de 800 ans, fuyant les conflits, pour essaimer dans les Balkans,
les Carpates et peu à peu dans tous les pays européens. Parmi eux, les Roms, communauté la plus importante qui parlent le romani, les Gitans d’Espagne ou
encore Kale du nom de leur idiome le kalo, les Sintis souvent appelés Manouches en France - seconde catégorie par leur nombre-, mais aussi les Gypsies ou Romanichels en Grande-Bretagne.

Quant au terme de "Tsigane",
il serait lié au nom d’une secte, disparue au XIe siècle. À leur arrivée dans l’Empire byzantin, les Roms furent confondus avec des adeptes de ce mouvement,
ce qui leur valut ce surnom.Rien de commun en revanche entre les Roms et les Roumains,deux peuples distincts qui ont des origines, des langues et des cultures différentes , même si la Roumanie compte une importante communauté de Roms, environ 2 millions de personnes.
Sans territoire - ils n’en revendiquent d’ailleurs aucun-, continuellement
pourchassés, n’ayant pas le droit, comme en Roumanie, d’avoir de maison, à
l’origine sur la route plus souvent par obligation que par goût, les Roms ont dû alors développer des moyens de subsistance
adaptés à leur vie de nomade.
Mais qu’ils viennent du
Sud ou de Bohême, ils partagent en revanche la même culture : un sens inné de la fête, des habitudes de solidarité et de
partage.
D.A.


"Poraimos", une tragédie oubliée

Cela équivaut à la Shoah pour les juifs. LesRoma appellent ça "Poraimos":
entre 500000 et 700000 Roms, la lettre "Z" tatouée sur le bras, portant le triangle noir des "asociaux", sont morts dans les Camps. Beaucoup plus même, selon
Simon Wiesenthal, qui avançait le chiffre de 2 millions. Mais si l’Allemagne
a élevé en 1995 une stèle à la mémoire de ces victimes du régime nazi, la France n’a toujours pas reconnu un génocide rendu possible par le régime de Vichy, ayant
accédé à la demande des autorités allemandes d’interner les Tsiganes.
Frédéric Dutoit et Robert Bret, ex-député et sénateur PC des Bouches-
du-Rhône, avaient dépos une proposition de loi. Des textes restés lettre morte.
D.A.
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